Riis: «Je dois vivre avec»


Il y a trente ans, Bjarne Riis remportait le Tour de France. Un succès entaché de ses aveux de dopage onze ans plus tard, et qui inspire au Danois « un mélange de fierté et de regrets ».

“Je suis tombé en dépression, 
ça m’a pris des années, 
mais j’en suis sorti et je suis du bon côté, 
aujourd’hui, je dirais ’’

"J’étais un maniaque avec mon matériel, 
je voulais des braquets spéciaux, 
des pneus, des roues, la pression, tout"

"Je savais que j’étais le meilleur domestique du monde à l’époque 
(quand il était équipier de Fignon), je savais ce que cela exigeait"

22 Jul 2026 L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

THONON-LES-BAINS (HAUTE-SAVOIE) – Bjarne Riis est bien occupé et il n’est pas aisé de l’attraper, lui qui est désormais, à 62 ans, dans les conseils d’administration de plusieurs entreprises au Danemark. « Je suis tout le cyclisme, je commente aussi, mais j’ai d’autres intérêts, j’ai envie de faire d’autres choses maintenant » , confiait-il fin juin, avant de revenir sur sa victoire dans le Tour de France, il y a trente ans, et sur la période qui a suivi : ses aveux de dopage en 2007 alors qu’il dirigeait l’équipe CSC, devenue Saxo Bank en 2009.« Vous avez gagné le Tour de France, il y a trente ans. Cela vous semble-t-il loin ou est-ce encore là avec vous? Bjarne Riis a dominé le Tour de France 1996, portant le maillot jaune treize jours.

J’y pense souvent. C’est beaucoup d’émotions mêlées. D’un côté, il y a le Tour lui-même, comment je l’ai gagné, rouler avec le maillot jaune, maperformance, la victoire, les Champs-Élysées. Beaucoup de choses fantastiques. Et ensuite, bien sûr, ce qui est arrivé après. Évidemment, ça m’a beaucoup influencé, de différentes manières, et cela a également fait de moi la personne que je suis aujourd’hui, pour le bon et le mauvais. C’est la vie, c’est mon histoire. Ce furent des moments très difficiles, mais c’est commeça, je ne peux pas le changer. C’est une partie de moi.

Vivez-vous mieux avec aujourd’hui?

Absolument. Je suis en paix. J’ai traversé toutes ces épreuves, des périodes très difficiles, la dépression. Mais les personnes que je rencontre ont encore beaucoup de respect pour moi et je l’apprécie. C’est important, rester sur ses pieds, debout, mêmequandc’est difficile. C’est vrai que, parfois, je medis que j’aurais juste pu partir et vivre mavie calmement quand j’ai arrêté le cyclisme, mais j’ai continué, avec monéquipe. Là aussi, il y a eu des périodes compliquées, mais je suis fier de ce que j’ai réalisé avec elle.

Pourquoi êtes-vous tombé en dépression?

J’ai vécu sous pression pendant de nombreuses années, ça n’a pas été facile, il y a plein de raisons. Les accusations, tout ça… Àunmoment, ça suffit, et ton corps ne peut plus l’encaisser. Ensuite, en 2009-2010, quand j’ai eu un nouveau sponsor avec Saxo Bank et ITFactory ( dont le patron a été impliqué dans un scandale financier), j’ai perdu beaucoup d’argent, 20 millions d’euros en quatre ans, de l’argent personnel aussi. Je mesuis battu pour garder l’équipe sur ses pieds. J’ai réussi à le faire, jusqu’à ce que je la vende ( en décembre2013) à ( Oleg) Tinkov, parce que je ne pouvais plus supporter la pression. Donc, tout ça mis ensemble, c’était dur. Je suis tombé en dépression, ça m’a pris des années, mais j’en suis sorti et je suis du bon côté, aujourd’hui, je dirais.


Trente ans après, que ressentez-vous à propos de cette victoire?

Unmélange de fierté et de regrets. Je pense qu’il en sera toujours ainsi. Bien sûr, je suis fier d’être un vainqueur du Tour. Porter le maillot jaune, c’est ce qu’il y a de plus grand dans le cyclisme. Je suppose que cette année-là, j’étais le plus fort. Donc je suis fier de ça, de comment j’en étais arrivé là, avec mapréparation, mon éducation. Parce que c’est dur d’être un cycliste, quoi qu’il arrive. Je sais que c’est un immense accomplissement. Pour la majeure partie, donc, je suis fier. Et ensuite (il hésite)… Vous savez, à cette période, c’étaient les circonstances. Est-ce que je les regrette? Oui, je les regrette. Ondevrait tous les regretter, tous ceux d’entre nous impliqués dans le cyclisme. Mais je ne peux pas les changer, je dois vivre avec et je crois que le reste du mondeaussi. Tu vis dans une culture, malheureusement c’était commeça. Aujourd’hui, c’est une autre question, un autre mondeducyclisme.

À une époque, vous disiez avoir rangé votre maillot jaune dans une boîte commepour l’oublier. Yest-il toujours?

Non (il rigole). C’était une grande incompréhension, c’était juste une expression à l’époque, parce que j’avais le sentiment que les gens devaient arrêter de m’attaquer. J’ai beaucoup honoré le maillot. J’ai une paire de maillots à différents endroits. L’un d’eux est dans un musée à Herning, au Danemark, où je suis né. J’en ai un sur le dossier d’une chaise. J’honore le maillot commeje devrais, ne vous inquiétez pas.

Ya-t-il un jour sur ce Tour 1996 où vous avez compris que vous alliez gagner?

À Sestrières (9e étape), quand j’ai pris le maillot, je mesuis dit que j’étais peut-être le plus fort. Je mesouviens avoir parlé à (Laurent) Fignon (alors consultant télé).

Il était venu mevoir après: “Bjarne, tu es le plus fort, tu gagneras le Tour à Hautacam. Tu dois te préparer pour ça, parce que c’est là que le Tour va se gagner.” L’étape avait lieu une semaine plus tard (16e étape). Pendant toute cette semaine, je mesuis juste préparé pour cette montée. Mentalement, mais aussi monvélo, très spécifique. J’étais un maniaque avec monmatériel, je voulais des braquets spéciaux, des pneus, des roues, la pression, tout. J’étais fanatique par rapport à cette journée, parce que Fignon mel’avait dit. J’allais faire tapis ce jour-là. C’était monjour ( il a gagné l’étape en solitaire).

Vous aviez une relation très spéciale avec Fignon…

Onétait tous les deux très calmes, réfléchis. Quand je roulais pour lui (chez Super Uet Castorama, entre1989 et1991), on ne parlait quasiment pas, ce n’était pas nécessaire. Je savais exactement ce dont il avait besoin.

Je ne peux pas expliquer pourquoi, mais c’était le cas. Il était en confiance avec moi, donc il mesuivait dans le peloton, je faisais le boulot. Je savais que j’étais le meilleur domestique du monde à l’époque, je savais ce que cela exigeait. Il memontrait du respect à juste melaisser faire monboulot. J’ai des souvenirs fantastiques avec lui, bien que nous n’étions pas les meilleurs amis.

Il était un mentor, une personne très sage. Il m’a appris à être calme et professionnel, à être sérieux dans l’entraînement.

Quel souvenir reste-t-il en particulier?

Il a gagné Milan-San Remo (en 1988) et, l’année d’après, j’étais dans l’équipe (chez Super U). Ons’était entraînés dur ensemble, en stage ou durant des courses en février. Unsoir, on était à table à Paris-Nice, avec toute l’équipe, et ( Cyrille) Guimard est arrivé avec l’équipe pour San Remo. Je n’étais pas dedans. Laurent, assis de l’autre côté de la table, m’a regardé et a dit: “Bjarne, tu veux faire San Remo?” J’ai dit: “Oui, je crois qu’on s’est entraînés pour ça.” Il a répondu: “OK, on va faire San Remoensemble.” Parce qu’il savait qu’il avait besoin de moi là-bas. Qu’il memontre ce respect était fantastique. La même année, on avait fait le Tour de l’Etna. Onse préparait déjà pour San Remo, ça faisait 200 kilomètres et il medit: “Bjarne, on va rouler jusqu’au départ.” 60 kilomètres environ. Onfait la course, et après, il medit: “Bjarne, on va rentrer à l’hôtel à vélo.” “OK.” Tu ne disais pas non à Laurent. Il a fait une petite erreur et c’était un petit peu plus loin que ce qu’il croyait. Donc on est arrivés, il faisait nuit, vers 21h30. Les derniers 80 kilomètres, j’étais juste dans sa roue, parce que j’étais complètement foutu. Et lui volait avec moi dans la roue. Il faisait nuit, c’était fou, complètement fou. Onavait fait plus de 350 kilomètres ce jour-là. Mais c’était juste lui, fou dans la préparation. J’ai appris beaucoup de ça. »

***

EN BREF

62 ANS (DAN)
Coureur professionnel de 1986 à 1999.
Palmarès : vainqueur Tour de France 1996, 6 victoires d’étape sur le Tour de France, 2 victoires d’étape sur le Tour d’Italie, vainqueur de l’Amstel Gold Race 1997.

***

Pourquoi est-il encore au palmarès ?

Malgré ses aveux de dopage, Bjarne Riis est toujours le vainqueur du Tour 1996, illustrant les difficultés profondes du cyclisme face à son passé.

22 Jul 2026 - L'Équipe
A. Ro.

Le 25 mai 2007, Bjarne Riis a reconnu s’être dopé à l’EPO de 1993 à 1998 et donc lors de sa victoire dans le Tour de France 1996. La date a son importance, car elle explique pourquoi le Danois n’a pas été rayé du palmarès par l’Union cycliste internationale. « Conformément au Code mondial antidopage, dans sa version 2003, applicable à la période de ces aveux, le délai de prescription était de huit ans,

Les faits de dopage reconnus étant prescrits au moment de cette déclaration, aucune procédure disciplinaire n’a pu être envisagée à son encontre. » Depuis 2015, ce délai de prescription a été étendu à dix ans, ce qui n’aurait donc rien changé au sujet du Tour 1996.

Au-delà du cas Riis, cette ligne de palmarès illustre les boitillements du cyclisme par rapport au passé et à ses années noires, sa mémoire ou, au choix, son amnésie sélective. Entre le dopage « artisanal » d’avant 1990, aujourd’hui souvent vu comme folklorique, avec ses anecdotes pittoresques, amusantes, et donc toléré dans le récit, et celui de la période d’après, industriel, moralement réprimé. Entre ceux qui ont avoué et ceux qui ne l’ont jamais fait. Entre ceux qui ont fauté mais à qui on ne pose jamais une question et ceux qu’on ramène toujours à leur passé. Entre ceux qui sont toujours là malgré leurs méfaits et les parias exclus à jamais.

Il n’y a jamais eu de tentative de rédemption collective

Le cyclisme, ses instances, ses suiveurs et son public traitent de son passé au cas par cas, sans fil rouge, sans cohérence si ce n’est avec une morale fluctuante et le cas Riis n’en est qu’un exemple parmi d’autres. Il n’y a jamais eu de tentative de rédemption collective, de gestion globale de ces années noires et de ses conséquences, d’examen général de cette culture de la triche.

Une sorte de commission de vérité et de réconciliation, comme dans les pays qui ont eu à faire face à des guerres civiles, à des exactions, qui aurait permis à tout le monde d’expier ses fautes, d’exsuder ce passé et au sport de repartir sur des bases saines, de se reconstruire. À la place, il ne reste que ce terreau pourri dans lequel le cyclisme s’enlise encore aujourd’hui.


Ci-dessus à gauche, Bjarne Riis devant Jan Ullrich lors du Tour de France 1996. 
À droite, le Danois au côté de Laurent Fignon, dont il était équipier en 1989 chez Super U. 

***

Bjarne Riis ha dominato il Tour de France del 1996, 
indossando la maglia gialla per tredici giorni.

Riis: «Devo conviverci»

Trent’anni fa, Bjarne Riis vinse il Tour de France. Un successo macchiato dalla sua confessione di doping undici anni dopo, e che suscita nel danese «un misto di orgoglio e rimpianti».

“Sono caduto in depressione, ci sono voluti anni,
ma ne sono uscito e ora sono dalla parte, direi oggi, giusta”

“Ero un maniaco della mia attrezzatura,
volevo rapporti speciali, pneumatici, ruote, la pressione, tutto”

“Sapevo di essere il miglior gregario al mondo all’epoca
(quando era compagno di squadra di Fignon), sapevo cosa comportasse”

22 luglio 2026 L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

THONON-LES-BAINS (ALTA SAVOIA) – Bjarne Riis è molto impegnato e non è facile incontrarlo, lui che ora, a 62 anni, fa parte dei consigli di amministrazione di diverse aziende in Danimarca. «Seguo tutto il ciclismo, faccio anche il commentatore, ma ho altri interessi, ora ho voglia di fare altre cose», confidava a fine giugno, prima di tornare sulla sua vittoria al Tour de France, trent’anni fa, e sul periodo che ne seguì: le sue ammissioni di doping nel 2007, quando era alla guida della squadra CSC, diventata Saxo Bank dal 2009

- Ha vinto il Tour de France trent’anni fa. Le sembra un ricordo lontano o è ancora vivo nella sua memoria? 

Ci penso spesso. Sono tante emozioni che si intrecciano. Da un lato c’è il Tour stesso: come l’ho vinto, pedalare con la maglia gialla, la mia prestazione, la vittoria, gli Champs-Élysées. Tante cose fantastiche. E poi, ovviamente, quello che è successo dopo. Mi ha influenzato molto, in vari modi, e mi ha anche reso la persona che sono oggi, nel bene e nel male. È la vita, è la mia storia. Sono stati momenti molto difficili, ma è così, non posso cambiarlo. È parte di me.

- Oggi, riesce a conviverci meglio?

Assolutamente sì. Sono in pace con me stesso. Ho superato tutte quelle prove, periodi molto difficili, la depressione. Ma le persone che incontro hanno ancora molto rispetto per me e lo apprezzo. È importante restare in piedi, a testa alta, anche quando è dura. È vero che, a volte, mi dico che avrei potuto semplicemente andarmene e vivere la mia vita tranquillamente una volta smesso con il ciclismo, ma ho continuato, con la mia squadra. Anche allora ci sono stati periodi complicati, ma sono orgoglioso di ciò che ho realizzato con loro.

Perché era caduto in depressione?

Ho vissuto sotto pressione per tanti anni, non è stato facile, ci sono molte ragioni. Le accuse, tutto quel genere di cose… A un certo punto ne hai abbastanza, e il tuo corpo non ce la fa più. Poi, nel 2009-2010, quando ho avuto nuovi sponsor con Saxo Bank e ITFactory (il cui titolare è stato coinvolto in uno scandalo finanziario), ho perso molti soldi, 20 milioni di euro in quattro anni, compresi anche i miei risparmi. Ho lottato per tenere in piedi la squadra. Ci sono riuscito, fino a quando non l’ho venduta (nel dicembre 2013) a (Oleg) Tinkov, perché non riuscivo più a sopportare la pressione. Insomma, tutto questo, messo assieme, è stato duro. Sono caduto in depressione, mi ci sono voluti anni, ma ne sono uscito e oggi direi di essere dalla parte giusta.

- A distanza di trent’anni, che cosa prova riguardo a quella vittoria?

Un misto di orgoglio e rimpianti. Penso che sarà sempre così. Certo, sono orgoglioso di essere un vincitore del Tour. Indossare la maglia gialla è il massimo nel ciclismo. Immagino che quell’anno fossi il più forte. Quindi ne sono orgoglioso, di come ci fossi arrivato, grazie alla mia preparazione, alla mia formazione. Perché è dura essere un ciclista, qualunque cosa accada. So che è un risultato immenso. Per la maggior parte, quindi, ne sono orgoglioso. E poi (esita)… Sapete, in quel periodo erano quelle le circostanze. Me ne pento? Sì, me ne pento. Tutti noi che siamo coinvolti nel ciclismo dovremmo pentircene. Ma non posso cambiarlo, devo conviverci e credo che anche il resto del mondo debba farlo. Si viveva in una cultura, purtroppo era così. Oggi, è tutta un’altra storia, un altro mondo del ciclismo.

- Un tempo diceva di aver riposto la sua maglia gialla in una scatola, quasi per dimenticarla. È ancora là?

No (ride). È stato un grande malinteso, all’epoca era solo un modo di dire, perché sentivo che la gente dovesse smetterla di attaccarmi. Ho onorato molto quella maglia. Ne ho un paio conservate in posti diversi. Una si trova in un museo a Herning, in Danimarca, dove sono nato. Ne ho una appoggiata sullo schienale di una sedia. Onoro la maglia come si deve, non preoccupatevi.

C’è stato un giorno in quel Tour del 1996 in cui ha capito che lo avrebbe vinto?

A Sestrières (9ª tappa), quando ho conquistato la maglia, mi sono detto che forse ero il più forte. Ricordo di aver parlato con (Laurent) Fignon (allora commentatore televisivo). Era venuto a trovarmi dopo: «Bjarne, sei il più forte, vincerai il Tour a Hautacam. Devi prepararti per questo, perché è là che si vincerà il Tour». La tappa si sarebbe svolta una settimana dopo (16ª tappa). Per tutta quella settimana mi sono preparato esclusivamente per quella salita. Mentalmente, ma anche in bici, in modo molto specifico. Ero un maniaco del mio materiale, volevo rapporti speciali, pneumatici, ruote, la pressione, tutto. Ero davvero entusiasta di quella giornata, perché me l’aveva detto Fignon. Quel giorno avrei dato il massimo. Era il mio giorno (vinse la tappa in solitaria).

- Aveva un rapporto molto speciale con Fignon…

Eravamo entrambi molto tranquilli, riflessivi. Quando correvo per lui (alla Super U e alla Castorama, tra il 1989 e il 1991), non parlavamo quasi mai, non ce n’era bisogno. Sapevo esattamente di cosa avesse bisogno. Non so spiegare perché, ma era così. Si fidava di me, quindi mi seguiva nel gruppo, mentre io facevo il mio lavoro. Sapevo di essere il miglior gregario al mondo all’epoca, sapevo cosa ciò richiedesse. Mi dimostrava rispetto semplicemente lasciandomi fare il mio lavoro. Ho dei ricordi fantastici con lui, anche se non eravamo proprio migliori amici. Era un mentore, una persona molto saggia. Mi ha insegnato a essere calmo e professionale, a prendere sul serio l’allenamento.

Quale ricordo le è rimasto in particolare?

Ha vinto la Milano-Sanremo (nel 1988) e, l’anno dopo, io facevo parte della squadra (alla Super U). Ci eravamo allenati duramente insieme, durante le gare di febbraio e nei ritiri. Una sera, eravamo a tavola alla Parigi-Nizza, con tutta la squadra, e (Cyrille) Guimard è arrivato con le convocazioni per la Sanremo. Io non ne facevo parte. Laurent, seduto dall’altra parte del tavolo, mi ha guardato e mi ha detto: «Bjarne, vuoi partecipare alla Sanremo?» Ho risposto: «Sì, ci siamo allenati per questo». Lui ha replicato: «OK, faremo la Sanremo insieme.» Perché sapeva che là avebbe avuto bisogno di me. Il fatto che mi dimostrasse quel rispetto era fantastico. Lo stesso anno avevamo corso il Giro dell’Etna. Ci stavamo già preparando per la Sanremo, erano 200 chilometri e mi disse: «Bjarne, andiamo in bici fino alla partenza». Circa 60 chilometri. Disputammo la gara e, dopo, mi disse: «Bjarne, torniamo in hotel in bici». «OK». A Laurent non si diceva di no. Ha commesso un piccolo errore e la distanza era un po’ più lunga di quanto pensasse. Così siamo arrivati, era buio, verso le 21:30. Negli ultimi 80 chilometri, gli stavo semplicemente sulla ruota, perché ero completamente esausto. E lui sfrecciava con me sulla ruota. Era buio, era pazzesco, assolutamente pazzesco. Quel giorno avevamo percorso più di 350 chilometri. Ma era proprio lui, un pazzo nella preparazione. Ho imparato molto da questo».

***

IN BREVE

62 ANNI (DAN)
Professionista dal 1986 al 1999.
Palmarès: vincitore del Tour de France 1996, 6 vittorie di tappa al Tour de France, 2 vittorie di tappa al Giro d’Italia, vincitore della Amstel Gold Race 1997.

***

Perché figura ancora nell’albo d’oro?

Nonostante le sue ammissioni di doping, Bjarne Riis resta vincitore del Tour del 1996, a testimonianza delle profonde difficoltà che il ciclismo deve affrontare nel confrontarsi con il proprio passato.

22 luglio 2026 - L'Équipe
A. Ro.

Il 25 maggio 2007, Bjarne Riis ha ammesso di essersi dopato con l’EPO dal 1993 al 1998 e quindi anche durante la sua vittoria al Tour de France del 1996. La data è importante, perché spiega perché il danese non sia stato cancellato dall’albo d’oro dall’Unione Ciclistica Internazionale. «Ai sensi del Codice mondiale antidoping, nella versione del 2003, applicabile al periodo di tali ammissioni, il termine di prescrizione era di otto anni; poiché i fatti di doping ammessi erano prescritti al momento di tale dichiarazione, non è stato possibile avviare alcun procedimento disciplinare nei suoi confronti. » Dal 2015, tale termine di prescrizione è stato esteso a dieci anni, il che non avrebbe quindi cambiato nulla per quanto riguarda il Tour del 1996.

Al di là del caso Riis, questa classifica illustra le esitazioni del ciclismo rispetto al passato e ai suoi anni bui, alla sua memoria o, a scelta, alla sua amnesia selettiva. Tra il doping «artigianale» di prima del 1990, oggi spesso visto come folcloristico, con i suoi aneddoti pittoreschi e divertenti, e quindi tollerato nella narrazione, e quello del periodo successivo, industriale e moralmente condannato. Tra chi ha confessato e chi non l’ha mai fatto. Tra chi ha sbagliato ma a cui non viene mai posta alcuna domanda e chi viene sempre riportato al proprio passato. Tra coloro che sono ancora lì nonostante le loro malefatte e i reietti esclusi per sempre.

Non c’è mai stato alcun tentativo di redenzione collettiva

Il ciclismo, i suoi organi di governo, i suoi seguaci e il suo pubblico affrontano il proprio passato caso per caso, senza un filo conduttore, senza coerenza se non quella di una morale mutevole, e il caso Riis ne è solo un esempio tra tanti. Non c’è mai stato alcun tentativo di redenzione collettiva, di gestione globale di quegli anni bui e delle loro conseguenze, di esame generale di questa cultura dell’imbroglio.

Una sorta di commissione per la verità e la riconciliazione, come nei paesi che hanno dovuto affrontare guerre civili e violenze, che avrebbe permesso a tutti di espiare le proprie colpe, di lasciarsi alle spalle quel passato e allo sport di ripartire su basi sane, di ricostruirsi. Invece, rimane solo quel terreno marcio in cui il ciclismo continua ad affondare ancora oggi.

In alto a sinistra, Bjarne Riis davanti a Jan Ullrich durante il Tour de France del 1996.
A destra, il danese con Laurent Fignon, di cui era compagno di squadra nel 1989 alla Super U.

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