C’est parti pour durer
Paul Seixas, 20 ans, et Isaac Del Toro, 22 ans, se livrent un duel acharné dans l’ombre, pour l’instant, de Tadej Pogacar. Fortes personnalités, ils sont appelés l’un et l’autre à succéder au Slovène, dans un mano a mano qui risque de s’étendre dans le temps.
Paul Seixas
Un monument à 20 ans
30 Oct 2026 - Vélo Magazine
Par Jean-François Quénet.
Oui, Paul Seixas est bien le champion que la France attend depuis Bernard Hinault. Il a gagné comme lui le Tour de Lombardie à Côme. Il est apte à devenir comme lui champion du monde à Sallanches, en 2027.
Chevalier sans peur et sans complexe,
têtu comme un breton…
Pour l’heure, Paul Seixas représente des watts et des statistiques affolante. À l’avenir, il sera une légende dont la narration passera par le San Fermo della Battaglia qui convoque aussi le souvenir de Bernard Hinault. Au printemps, après ses victoires à l’itzulia Pays Basque et à la Flèche Wallonne ainsi que sa deuxième place à Liège-Bastogne-Liège, les comparaisons avec le blaireau s’imposaient. Chevalier sans peur et sans complexe, têtu comme un Breton… D’ailleurs sa mère, Emmanuelle Morin, est originaire de Redon en Ille-etvilaine. Même si les plans de communication officiels le raccrochent à ses grands-parents paternels en Hautesavoie, ce qui est quand même plus pratique pour le teasing des Mondiaux 2027 à Sallanches, quarantesept ans après qui vous savez.
S’il lit encore le magazine cycliste de son adolescence (au fait, il a changé de dizaine, il a 20 ans depuis le 24 septembre !), le petit Paul apprendra qu’au bord des routes du Tour de Lombardie, il a compté parmi ses fans un ancien soldat d’hinault en la personne de Marc Gomez, 72 ans, qui revisite avec un groupe d’amis d’ille-et-Vilaine les hauts lieux de sa carrière depuis qu’ils ont célébré en Italie les quarante ans de sa victoire à Milan-San Remo 1982. Après avoir arpenté le Ghisallo, sa chapelle et son musée, le champion de France 1983 nous a raconté son Tour de Lombardie 1984, le briefing d’avant-course qui n’avait pas été réalisé par le directeur sportif de l’équipe La Vie Claire Paul Köchli mais par Hinault lui-même, la longue chasse derrière l’échappée, les attaques de Charly Mottet et Stephen Roche… Aux oreilles des téléspectateurs français de l’époque, résonnent encore la voix de Jean-Paul Ollivier et ce nom de lieu magique, le San Fermo della Battaglia, où Hinault avait mis tout le monde d’accord pour remporter en solitaire sa toute dernière classique.
Pile électrique
« Della Battaglia » (de la bataille) fut intégré à l’appellation de la localité en 1911, aux cinquante ans de l’unité italienne et en référence à la bataille de 1859 livrée avec succès par les troupes de Giuseppe Garibaldi sur les hauteurs de Côme. Le Tour de Lombardie eut Milan pour site de départ et arrivée jusqu’en 1960. Le parcours de la course a souvent changé. Côme, ville d’alessandro Volta, l’inventeur de la pile électrique, accueillit les vainqueurs des années Gimondi, Merckx et Hinault. En alternance avec Bergame depuis quinze ans, Lungolario Trento au bord du lac restera à jamais le théâtre de l’exploit enchanteur de Thibaut Pinot en 2018, et aussi celui de Paul Seixas dont la saveur se bonifiera avec le temps quand s’estompera la froideur qui a accompagné son premier triomphe dans un Monument. Il conservera le privilège d’un succès bâti sur deux ascensions du San Fermo della Battaglia, une rareté dans le tracé mais pas une première puisque c’était le cas en 2022 pour la deuxième victoire de Tadej Pogacar qui n’avait pu se débarrasser d’enric Mas et l’avait battu au sprint. Seixas est arrivé seul en lâchant tous ses adversaires au train dans la montée du Civiglio, à 19 km du but, pour ne pas rester enfermé entre les deux San Fermo.
Seixas a lâché tous ses adversaires, dont Del Toro, dans la montée du Civiglio,
à 19 km du but, pour ne pas rester enfermé entre les deux San Fermo.
Immunité française
Premier Monument mais deuxième classique et un dénominateur commun : il était devenu en avril le plus jeune vainqueur de l’histoire de la Flèche Wallonne où le record de précocité appartenait jusque-là à son tout premier vainqueur, le Belge Philémon De Meersman, 21 ans en 1936. Au Lombardie, personne ne s’était jusque-là imposé à un plus jeune âge que Giovanni Gerbi, « Il Diavolo rosso » (Le Diable rouge), vingt ans, cinq mois et huit jours lors de la première édition en 1905. Seixas, c’est vingt ans et seize jours. Il faut remonter au Tour des Flandres 1944 pour trouver un plus jeune lauréat de ce que l’on appelle aujourd’hui les Monuments, en la personne de Rik Van Steenbergen. Avant lui, deux autres Belges, Victor Fastre (18 ans à Liège-Bastogne-Liège 1909) et Georges Ronsse (19 ans à Liège-Bastogne-Liège 1925) empêchent le Lyonnais d’occuper le podium des jouvenceaux de la grande histoire.
Son positionnement sur l’échiquier est exceptionnel car Tadej Pogacar a remporté sa première grande classique (Liège-Bastogne-Liège 2021) à 22 ans. Pareil pour Remco Evenepoel, également lors de la doyenne l’année suivante. Ils étaient déjà tous les deux des phénomènes, en avance sur leur temps par rapport aux canons du sport cycliste. Au fait, Paul Seixas sort-il tellement de la norme qu’il s’expose comme les autres à des soupçons dépourvus d’informations et de vérifications, au seul motif qu’un rédacteur « n’y croit pas », ou bien bénéficie-t-il d’une immunité française ?
À Montréal, une autoflagellation
qui passera à la postérité
Il y a en lui une forme d’autorité naturelle qui écarte d’emblée la diffusion d’un surnom, comme en son temps Louis Bobet qui réfutait tout autre sobriquet que Louison, diminutif imposé dès l’enfance parce que son père s’appelait également Louis. On a vu fleurir sur les routes du Tour de France, où le peuple gaulois est volontiers grivois, des pancartes à caractère « seixuel » mais il ne faut pas compter sur Seixas pour s’exposer avec les amuseurs publics. Même les enfants qui l’ont interpellé au rythme des « taisez-vous s’il vous plaît » n’ont pas obtenu le retour espéré. Ainsi, la phrase lapidaire de ses débuts médiatiques sur la Grande Boucle n’est pas devenue culte comme le « don’t stand on my dog » (ne marchez pas sur mon chien) de Cadel Evans. L’australien, pas un marrant pourtant, en avait fait des t-shirts. Maintenant que tout est filmé, diverses vidéos montrent Paul Seixas rabrouant des spectateurs, des journalistes et même des membres de son staff pas en mesure de l’informer instantanément des temps à l’arrivée de son contre-la-montre. Dans le grand cirque de juillet, toute maladresse est excusée. C’est au fil du temps que l’on mesurera la capacité du Lyonnais à assumer son rôle de personnage public.
Une arrivée à Côme en solitaire avec 48 secondes d’avance sur Enric Mas.
Del Toro comptera jusqu’à 5 minutes de retard.
« Le Cul de Del Toro »
Pour l’heure, la question majeure concerne le déroulé de sa carrière. La victoire en Lombardie ne balaie pas nécessairement les critiques émises avant et après sa participail tion au Tour de France, pas plus que sa quatrième place finale à Paris n’a tranché le débat. Devait-il s’aligner à 19 ans sur la compétition ultime du cyclisme sur route ? Pour les experts de l’ancien monde, c’était prématuré. Cyrille Guimard, le grand ancien, a conclu de sa prestation qu’il « avait surtout appris à connaître le cul de Pogacar et le cul de Del Toro puisqu’il a passé le Tour dans leur roue. » Bien plus jeune, Lilian Calmejane a perçu : « Je n’ai pas l’impression qu’il ait pris beaucoup de plaisir sur ce Tour de France. » Tout en étant bluffé par ses performances, le vainqueur de l’étape des Rousses en 2017 « craint que dans cinq ou six ans, il soit usé mentalement par son implication. » De fait, Seixas s’est tellement investi après le Tour dans la préparation des Championnats du monde qu’il s’est fendu après sa 15e place de Montréal d’une autoflagellation qui, elle, passera à la postérité : « Honte de ce que j’ai fait », « erreur de gamin », « la France ne mérite pas un leader tel que moi. » La pression, il se la met tout seul. Sceptique quant à son avenir fait de son impatience, Guimard continue de renvoyer les jugements à plus tard : « On fera le bilan dans dix ans… »
À l’issue du Lombardie, il déclare :
« Ça ne me préoccupe pas tellement d’être le plus jeune,
il m’importe surtout de gagner ».
La quatrième place de Paul Seixas au Tour de France n’est pas sans rappeler la troisième de Juan Ayuso à la Vuelta 2022 avant d’avoir fêté ses 20 ans. Quatrième l’année suivante, meilleur jeune et premier nonmembre de Jumbo-Visma (derrière Sepp Kuss, Jonas Vingegaard et Primoz Roglic), il avait confirmé qu’il n’était pas qu’un feu de paille. Aux yeux de tous, l’espagnol allait rapidement gagner un Grand Tour. Mais qui le place au rang des favoris aujourd’hui alors qu’il en est à sa sixième année pro (et toujours en lice pour le maillot blanc l’année prochaine) ? Il gagne une course par étapes par an, l’itzulia en 2024 (l’année de la méga chute des favoris), Tirrenoadriatico en 2025 (sans grande opposition en montagne, Filippo Ganna deuxième…), le Tour d’algarve en 2026 (la dernière fois où il aura battu Seixas ?). Trois mois après avoir bouclé pour la première fois (7e) le Tour de France où, lui aussi, a surtout vu, tant qu’il a pu, « le cul de Pogacar et le cul de Del Toro », ses anciens coéquipiers avec lesquels il n’a pas su composer, il présente une divergence de trajectoire majeure avec le jeune Français qui, lui, a remporté un Monument.
Hinault en 1980
Le Tour de Lombardie est le vrai point de départ de la carrière de Paul Seixas. Après les promesses, est déjà arrivée la consécration. « Ça ne me préoccupe pas tellement d’être le plus jeune, il m’importe surtout de gagner », dit-il. Au moins a-t-il eu le mérite de saisir une occasion qui se présentait en l’absence de Tadej Pogacar, quintuple vainqueur consécutif de la classique italienne des feuilles mortes, dont la saison s’est écourtée sur une chute à la Vuelta. Lucide, il a modéré la valeur absolue de sa victoire : « Pogacar est le meilleur. J’ai aussi l’ambition de le devenir, mais le battre, c’est une audu tre affaire. Pour l’instant, ce n’est qu’un rêve mais j’essaierai toujours. » Il s’est mis en tête de croiser le fer en 2027, comme cette année, avec le numéro un mondial sur les courses où il a été son dauphin : Strade Bianche et Liège-Bastogneliège. Dans un monde idéal où n’entreraient en considération ni son prochain contrat ni les priorités de son équipe actuelle, au lieu du Tour (dont la fin, le 25 juillet, est proche du Championnat du monde, le 29 août), il disputerait le Giro, pour le découvrir avant qu’il ne soit trop tard comme l’a regretté pour lui-même son nouveau manager sportif Romain Bardet, et pour le gagner d’entrée comme qui vous savez. A-t-on bien en mémoire les victoires finales d’hinault en 1980 ? Liège-Bastogne-Liège, Tour de Romandie, Giro et Mondial de Sallanches. On pose ça comme ça, moins par nostalgie que par évidence du calendrier, puisqu’au-delà de ses 21 ans, il aura tout le loisir de se consacrer au Tour de France.
***
L’apprentissage du pouvoir
Le prodige mexicain Isaac Del Toro doit désormais composer avec un statut de leader attendu au tournant. Au contact de Tadej Pogacar, il apprend à prendre sa place sans renoncer à sa personnalité. Et face à Paul Seixas, il découvre les exigences d’une concurrence qui ne laisse aucun répit.
Il étudie les courses mais aussi le matériel,
les pneus, les cintres…
30 Oct 2026 - Vélo Magazine
Par Aymeric Peze.
«En dehors de la course, il est calme. Quand il met son casque, il devient compétitif. » Joxean Fernandez Matxin, le directeur sportif principal de UAE Team Emirates-XRG, connaît Isaac Del Toro depuis 2021. Ce qui l’avait frappé chez le Mexicain, ce n’était pas seulement son potentiel, mais aussi sa curiosité. À une époque où il évoluait encore chez les espoirs, le jeune coureur lui envoyait ses données d’entraînement et cherchait à comprendre ce qui pouvait le faire progresser. Matxin l’avait aussi remarqué sur les cyclo-cross en Belgique. « Un coureur mexicain qui court des cyclo-cross en Belgique ! s’étaitil étonné. Je trouvais ça courageux ». Il y voyait déjà une forme d’audace. Depuis, Del Toro a changé de dimension. Mais son évolution ne se résume pas à son palmarès. Au sein d’une équipe habituée à gagner, il doit apprendre à exprimer ses besoins, à faire entendre son avis et à prendre des décisions lorsque la course lui échappe. C’est cette transformation, moins visible qu’une victoire, que ses proches observent au quotidien.
Avant UAE, Del Toro avait déjà commencé à prendre des responsabilités chez AR Monex, la structure mexicaine qui lui a servi de tremplin vers le cyclisme européen. Edgar Cadena, qui l’a côtoyé à cette période, se souvient d’un garçon prodigieux, mais aussi d’un rival avec lequel les rapports n’étaient pas toujours simples. « Il avait un état d’esprit très déterminé, une vraie mentalité de leader. Nous étions assez semblables. Et c’est précisément ce qui faisait que nous nous heurtions un peu, que cette rivalité était toujours présente. » Les deux hommes n’étaient pas toujours sur la même longueur d’onde. Ils ont connu des moments de tensions dans la résidence de l’équipe à Saint-Marin même si aujourd’hui la hache de guerre est enterrée entre les deux. Edgar Cadena est l’un des Mexicains qui a accompagné le plus longtemps Isaac del Toro lors de la course en ligne des derniers Championnats du monde de Montréal.
Moins timide
Carlos García, lui aussi passé par AR Monex et présent aux Mondiaux, se rappelle surtout d’un quotidien réglé autour du vélo. « Je me souviens qu’en 2023, c’était l’année où il ne sortait quasiment jamais de la maison. Il passait son temps à s’entraîner, à manger et à dormir. » Del Toro étudiait les courses, mais aussi le matériel, les pneus, les vélos ou les cintres. « Tout ce qui concernait les gains marginaux » retenait son attention, raconte García. Une façon de travailler qui ne garantissait pas la réussite, mais témoignait déjà de son investissement. Matxin l’a suivi dans cette progression avant de l’aider à trouver une équipe professionnelle. Celle-ci aurait dû être Caja Rural. Mais sa victoire au Tour de l’avenir a ensuite confirmé qu’il pouvait franchir un cap plus important. UAE était déjà en contact avec lui avant cette course par l’intermédiaire de Matxin. Le recrutement s’inscrivait donc dans un suivi au long cours. Depuis son arrivée, Del Toro a aussi appris à communiquer. « Aujourd’hui, il a davantage confiance en lui pour dire les choses », observe Matxin. « Il est plus à l’aise pour avoir certaines conversations ou demander ce dont il a besoin. Avant, il était un peu plus timide. » Pavel Sivakov fait le même constat depuis l’intérieur du peloton. « Avec le temps, il communique plus en course. […] Il s’est affirmé en tant que leader au sein de l’équipe. Il nous dit ce dont il a besoin. »
Déjà une bataille de gagnée :
celle de meilleur jeune du Tour de France.
Lecture de course
Dans une équipe comme UAE, les jeunes coureurs disposent d’un cadre et de directeurs sportifs capables de les guider. Mais les consignes ne peuvent pas tout prévoir. Il faut savoir reconnaître le bon moment pour suivre une attaque, conserver des forces ou prendre ses responsabilités. Tomas Gil, directeur sportif chez UAE et membre du staff de l’équipe mexicaine lors des Mondiaux de Montréal, a pu observer Del Toro dans les deux environnements. Il connaît un coureur qui écoute, mais qui doit aussi apprendre à se fier à ses propres sensations. « Nous pouvons les aider à obtenir un bon résultat, mais ce sont eux qui courent, qui ressentent la fatigue dans leurs jambes et qui savent mieux que quiconque ce qu’ils peuvent faire à cet instant précis. » La lecture de course fait partie des qualités de Del Toro, estime Matxin. Il étudie ses adversaires et sait repérer les mouvements importants. Il lui arrive néanmoins de se retrouver trop loin dans le peloton, au moment où le placement devient décisif. Le talent ne suffit pas toujours : il faut encore économiser ses forces et être à la bonne place avant que la course ne se joue. Les Mondiaux de Montréal en ont donné une illustration. Le Mexique avait préparé une destinée à protéger Del Toro, en demandant aux équipiers de travailler dans la première partie de course et de l’aider à rester à l’avant à l’approche des moments décisifs. Mais, une fois la sélection opérée, les possibilités de contrôle se sont réduites. Sans oreillettes, il était difficile de suivre et d’anticiper tous les mouvements. Bernardo de la Garza, président de l’union Cycliste du Mexique (UCMEX), a vu Del Toro courir avec plus d’assurance qu’à Kigali mais aussi multiplier les efforts pour revenir sur des coureurs partis devant. Il estime que les écarts qu’il a dû combler ont pesé dans le final. Pour Gil, le bilan reste celui d’une équipe qui a tenté de gagner, sans y parvenir. « Si tu cours pour gagner, tu peux perdre alors que si tu joues uniquement une médaille, tu as plus de chance de l’obtenir. » Il se souvient de la déception immédiate, mais aussi de la conviction d’avoir tout tenté : « Nous étions tristes dans un premier temps, mais nous avions la conscience tranquille : nous avions tout fait pour gagner et on retentera notre chance en 2027. »
Chacun son chemin mais Pogacar
le présente comme son successeur
Dans l’étape du Markstein sur le Tour de France. Le lendemain,
Pogi l’épaulera pour prendre du temps à Seixas.
Le cadeau de Pogi
Chez UAE, Del Toro évolue aux côtés de Tadej Pogacar, dont la place dans le cyclisme mondial en fait forcément un point de comparaison. « Chacun doit suivre son propre chemin. Isaac n’a pas besoin de devenir Tadej, ni un autre coureur », avance Tomas Gil, tout en concédant qu’il est vrai que « Tadej le présente comme son successeur. » Les deux homstratégie mes ont déjà partagé des moments de course où le rôle de coéquipier prend toute son importance. Del Toro s’est mis au service de Pogacar, et son engagement a compté dans la relation entre les deux coureurs. Pour Gil, le Slovène a naturellement envie de rendre la pareille à ceux qui travaillent pour lui. « Quand un coureur comme Tadej voit que son coéquipier se donne entièrement pour lui, il est naturel qu’il ait envie de lui faire un cadeau à son tour. » Sur le Tour de France, le Slovène a permis à son jeune coéquipier de lever les bras à Barcelone. Il a aussi renoncé à une victoire au plateau de Solaison pour que « Torito » distance Paul Seixas dans la course au podium.
Strade Bianche, Tour du Pays Basque : au printemps 2026, Paul Seixas a devancé Del Toro à deux reprises. Le Français a montré qu’il pouvait battre le Mexicain sur des courses importantes. Del Toro a repris l’avantage à partir du Tour Auvergne-Rhône-Alpes. Les résultats ont nourri le récit d’un duel entre deux des plus grands talents de leur génération. Ceux qui les côtoient se gardent pourtant d’en faire une affaire personnelle. Tomas Gil estime que le récit médiatique prend parfois le dessus sur la réalité sportive. « Je crois que les supporters et les médias créent davantage cette rivalité que les coureurs eux-mêmes. » Les résultats attestent d’une concurrence. Ils ne prouvent pas une animosité. Rien ne permet d’affirmer que Del Toro cherche à battre Seixas pour des raisons personnelles. Les deux coureurs ont leurs objectifs, leurs équipes et leurs façons de courir.
Leur rivalité sur le Tour a rappelé celle de Pogacar et Vingegaard.
Page de droite, presque une transmission sur les Champsélysées entre Pogi et son jeune coéquipier.
Pavel Sivakov voit néanmoins un intérêt évident à cette confrontation. « Ce sont deux gars hyper ambitieux, tous les deux. » Selon lui, la présence d’un rival capable de gagner les mêmes courses peut pousser chacun à progresser. Il compare cette dynamique à celle qui oppose Pogacar à Jonas Vingegaard : quand un adversaire vous oblige à aller plus loin, il devient aussi un moteur. Matxin tient le même discours. « Quand tu es bon et qu’un autre coureur arrive, capable de te battre, tu dois progresser. Tu ne peux pas te contenter de ce que tu as déjà. Tu dois devenir meilleur. » Pour l’espagnol, la concurrence peut donc servir de repère, sans devenir une obsession. L’objectif reste de gagner, pas simplement de battre un autre coureur. Benoît Cosnefroy est le seul homme à avoir été coéquipier à la fois d’isaac Del Toro et de Paul Seixas. Selon le Normand précédemment chez Decathlon AG2R La Mondiale, là où Del Toro paraît fonctionner davantage à « l’instinct », Seixas semble plus « calculateur ». Cette distinction reste une impression de coéquipier, pas une opposition absolue entre deux méthodes.
Plus inspiré
« Je pense que Seixas est un stimulant pour Isaac. […] Il sait que Seixas est un surdoué, et qu’il est encore plus jeune que lui », ajoute la journaliste mexicaine Georgina Ruiz. Pour Del Toro, Seixas représente désormais un point de référence. Les deux défaites du printemps ont montré qu’un autre coureur pouvait le devancer là où il espérait s’imposer. Ses résultats suivants ont confirmé qu’il pouvait répondre. Mais cette rivalité ne se résume pas à une alternance de victoires : elle oblige les deux hommes à continuer de progresser, alors que leur carrière ne fait que commencer. Les rumeurs d’un intérêt de UAE pour le Français ajoutent une autre dimension. Dans une équipe où Pogacar règne déjà et où Del Toro prend de plus en plus d’importance, l’hypothèse soulève des questions sur la cohabitation de plusieurs ambitions.
Benoît Cosnefroy a disputé deux courses par étapes en soutien d’isaac Del Toro cette année. Le Mexicain les a remportées toutes les deux : Tirreno-Adriatico et le Tour Auvergne-Rhone-Alpes. Il souligne aussi la popularité naissante de son jeune coéquipier : « Il y a des supporters mexicains à chaque course. C’est quelqu’un qui inspire beaucoup. Il se rend compte de toute l’énergie qu’il y a derrière lui dans son pays. Quand il a le temps, il prend un moment pour aller les saluer. Je pense que c’est quelque chose qu’il arrive à bien gérer. »
Les résultats attestent d’une concurrence.
Ils ne prouvent pas une animosité
Au Mexique, Del Toro est désormais bien plus qu’un espoir suivi par les amateurs de cyclisme. Sa réussite attire un public nouveau et suscite des attentes qui dépassent ses seuls résultats. À Montréal, Bernardo de la Garza a observé l’attention portée au coureur, y compris après une course frustrante. « Il est généreux avec les gens, disposé à échanger avec les enfants. »
Cette popularité peut être une force, mais elle ajoute une responsabilité. « La pression, il faut savoir la canaliser pour qu’elle devienne une force, et non l’inverse », explique Tomas Gil. Del Toro doit apprendre à vivre avec ces attentes sans les laisser dicter chacune de ses courses. Son installation à Saint-Marin et son quotidien au sein de UAE peuvent lui offrir une certaine distance, sans pour autant le soustraire à l’attention qui l’attend au Mexique. Cette attente se cristallisera dès janvier autour du MEX Tour, une nouvelle course mexicaine classée UCI 2.1. Le retour d’une épreuve par étapes au calendrier international intervient alors que Del Toro suscite un engouement inédit dans son pays. Sa présence éventuelle sous les couleurs de UAE Team Emirates-XRG donnerait à cette course une visibilité immédiate, mais placerait aussi le Mexicain au centre d’attentes qui dépassent désormais ses seuls résultats.
« La course se fait, on nous invite et l’équipe décide de la participation des coureurs », rappelle Joxean Fernandez Matxin. Le manager de UAE refuse ainsi de faire de son coureur une promesse faite aux organisateurs : sa présence dépendra des choix sportifs de l’équipe et de la préparation du début de saison. Pour Del Toro, le MEX Tour pourrait être l’occasion de courir devant son public, dans un contexte très différent de celui qu’il connaît en Europe. Mais l’événement ne peut reposer sur lui seul. Pour Bernardo de la Garza, président de la Fédération mexicaine, l’enjeu est de profiter de cette attention pour renforcer la place du pays dans le cyclisme international et donner envie à des jeunes de se lancer. L’intérêt suscité par Isaac Del Toro ouvre une fenêtre, mais il faudra que les structures et les organisateurs soient capables de la saisir.


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