Raúl Alcalá, le pionnier que del toro fait revivre


Premier Mexicain Maillot Blanc et vainqueur d’étape sur le Tour, Raúl Alcalá a ouvert une voie que peu de ses compatriotes ont empruntée. Le succès d’Isaac del Toro ravive ses souvenirs, mais aussi ses regrets : près de 40 ans plus tard, le cyclisme mexicain peine toujours à se structurer.

30 Oct 2026 - Vélo Magazine
–A.P.

En juillet, Raúl Alcalá a retrouvé une place dans le Tour de France sans avoir à enfourcher son vélo. En évoquant Isaac del Toro, les commentateurs ont aussi rappelé les exploits de son prédécesseur. Neuvième du Tour en 1987 et vainqueur du classement du meilleur jeune, le « Lutin de Monterrey » avait été le premier Mexicain à s’installer parmi les meilleurs du Tour. « Avec Isaac, tout cela revient désormais sur le devant de la scène, ça me rend fier et j’ai l’impression de vivre une seconde fois ces moments », se réjouit Raúl Alcalá. Présent dans le paddock cette année, il a aussi découvert les nombreux supporters mexicains venus encourager le prodige. Certains reconnaissaient Alcala, d’autres découvraient son histoire. « J’avais beaucoup de respect pour les autres coureurs, mais aussi une énorme faim de victoire », se souvient-il. Installé à Zurich, en Suisse, avec sa famille, il disputait ensuite les courses européennes de février à octobre. Les Mexicains étaient alors une espèce rare dans le peloton, et peu parvenaient à s’y installer durablement. Raul Alcala reconnaît chez del Toro cette même détermination, mais aussi un environnement plus favorable. Le jeune Mexicain a bénéficié de l’accompagnement D’AR Monex dès les juniors. « Il avait déjà décidé ce qu’il voulait faire, où il voulait être. Ce projet l’a aidé à garder confiance en lui. » La différence tient aussi à la médiatisation. Dans les années 1980, les résultats du Tour arrivaient au Mexique avec un jour de décalage. Aujourd’hui, les réseaux sociaux diffusent instantanément les exploits de « Torito ». Mais cette visibilité ne suffit pas à résoudre le problème de fond. « Isaac est un talent exceptionnel. Il faudra du temps avant qu’un autre coureur de ce niveau apparaisse au Mexique. J’espère qu’un jour on en verra dix ou vingt sur le circuit professionnel. » Car Alcala porte un regard sévère sur les structures de son pays. Selon lui, le cyclisme mexicain souffre toujours d’un manque de formation, de moyens et de continuité. Les catégories jeunes restent trop souvent délaissées. Ceux qui émergent le font davantage grâce à leurs qualités individuelles qu’au terme d’un parcours de formation solide. « Il n’y a jamais eu de véritable projet. Aujourd’hui, c’est Isaac qu’on soutient, mais ceux qui arrivent derrière lui ne bénéficient pas de l’accompagnement nécessaire, hormis ceux repérés par la structure juniors AR Monex. » Sa critique vise également les instances dirigeantes, dont les conflits autour de la gouvernance fédérale alimentent les tensions. Alcala estime que le pays n’a pas su profiter de ses précédentes générations pour construire une base durable. Del Toro pourrait donc représenter bien davantage qu’une nouvelle idole nationale : l’occasion de donner aux jeunes les moyens de suivre ses traces. Le retour annoncé du MEX Tour pourrait constituer un premier test. Alcala accueille favorablement l’idée, mais refuse de s’enthousiasmer avant sa concrétisation. Organiser une telle épreuve exige des moyens, une logistique solide et des garanties de sécurité pour les coureurs. Il se souvient d’un grave accident en 1993 survenu lors de la Ruta de Mexico (l’ancêtre du nouveau MEX Tour) lorsqu’un automobiliste en état d’ébriété s’était introduit sur le parcours et avait percuté le peloton. Le champion du monde de l’époque Gianni Bugno et Laurent Fignon, qui remporterait ensuite sa dernière course par étapes professionnelle, avaient violemment chuté. « C'est une histoire effrayante. Mais elle illustre les problèmes de sécurité auxquels une course peut être confrontée au Mexique. Le sujet n’est pas d’annoncer une course, mais de la réaliser. La sécurité des cyclistes ne se négocie pas. »

Raul Alcala sait ce qu’un coureur d’exception peut changer dans l’imaginaire collectif. Il a lui-même ouvert une porte, sans que son pays parvienne à l’élargir durablement. Del Toro vient de la franchir à son tour. Reste au Mexique à construire le chemin pour ceux qui suivront.

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