Mieux Widar que jamais
Le puncheur belge a remporté hier aux Trois Vallées Varésines sa première victoire chez les grands, à 20 ans et au bout d’une saison malchanceuse.
“J’ai dû revenir, travailler dur et finalement ça a payé ''
JARNO WIDAR
“C’est quelqu’un de très attachant, mais explosif SON'DI'RECTEUR MAXIME BOUET, SPORTIF CHEZ LOTTO-INTERMARCHÉ
7 Oct 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
VARÈSE (ITALIE) – Il y a différentes manières de gagner, et si Jarno Widar ne trouvait « pas les mots »Jarno Widar a trouvé le chemin de la victoire : hier, aux Trois Vallées Varésines, il a battu au sprint Tom Pidcock et Matteo Jorgenson.
pour décrire son succès sur les Trois Vallées Varésines hier, écouter ses rivaux donnait un aperçu de la performance. « Bravo à Jarno, c’était un beau sprint », félicitait Matteo Jorgenson, 3e et en belle forme à l’approche du Tour de Lombardie, samedi. « Ce sprint, je ne m’y attendais pas, il était vraiment impressionnant. Maintenant, je sais pour le futur qu’il est si rapide », notait Tom Pidcock, encore 2e.
En très costaud, le Belge a conquis hier son premier succès chez les professionnels, au terme d’un final de feu où il a remporté le sprint à trois à Varèse, après s’être échappé avec l’Américain et le Britannique à 14 kilomètres de l’arrivée. Enfin. Le gamin n’a que 20 ans (21 le mois prochain) et vit à peine sa première saison professionnelle, mais il est escorté de tellement d’espoirs, et de la pression qui va avec côté flamand, que ce bouquet se faisait attendre. Il y a un an, le coureur d’Hasselt, dans le Limbourg, devenait champion d’Europe U23, quelques semaines après avoir dominé Paul Seixas en montagne sur le Tour de l’Avenir, et par deux fois (2e du général à 40’’ du Français). Mais 2026 ne s’est pas goupillée comme il l’espérait, après une rentrée prometteuse mi-février (4e de la Figueira Classic). « Ça a été très difficile pour moi ce début de saison, rembobinait-il, assis au pupitre de la chambre de commerce devant toutes les huiles du canton. J’ai dû revenir, travailler dur et finalement, ça a payé. » Les difficultés en question ? Un peu de tout : de nombreux virus, un genou qui couine, une roue qui casse sur le Tour d’Émilie samedi dernier ( « sinon il faisait top 5 minimum » , assurait son directeur sportif Maxime Bouet). De quoi morceler sa saison, lestée de quatre abandons.
« Je suis revenu fort en Suisse (en juin, 6e du Grand Prix Gippingen), puis j’ai souffert de la chaleur et je suis encore tombé malade, énumérait-il. Après un camp d’altitude, j’ai été malade à Burgos (en août). À la Vuelta, j’étais en bonne forme à nouveau mais pas au top, j’ai eu du mal avec la chaleur. Rentré en Belgique, j’ai pu faire un reset. Je suis heureux d’enfin pouvoir me montrer, enfin gagner une course. »
Son acharnement a payé et Maxime Bouet, derrière le groupe des costauds dans la voiture, a ressenti « une émotion énorme pour Jarno, qui n’a jamais baissé les bras ». Le directeur sportif de Lotto-Intermarché a souvent côtoyé la pépite cette saison, et l’a donc vu dans le mal, beaucoup. « C’est quelqu’un de très attachant mais explosif, rigolait l’ancien coureur d’Arkéa-Samsic. C’est-à-dire qu’il lâche tout, et là, on a un coureur qui est totalement hors de ce qu’on voit tous les jours, où il paraît dans sa bulle, ne parle pas beaucoup, une façon d’être qui m’a un peu troublé au départ. C’est un peu le tempérament de Remco (Evenepoel) à ses débuts, qui partait dans tous les sens quand il y avait un problème, et c’est une chose qu’il doit corriger. Mais c’est un grand professionnel, il n’a même pas besoin de briefing car il connaît tout, les kilométrages, les favoris, les équipes, les tactiques possibles. »
Un surdoué du vélo capable de faire beaucoup de choses, les classements généraux comme les courses d’un jour. Beaucoup voudraient le voir briller sur les Grands Tours, lui rejetait l’idée sur la Vuelta (2e d’une étape durissime en Andorre mais 23e du général final) et, hier, il n’a pas hésité au moment de choisir ce qu’il préférait : « Les courses d’un jour. C’est plus amusant, une journée où vous courez très dur, finissez vide et, le lendemain, vous vous reposez. » Ce sera donc relax aujourd’hui au lendemain d’une victoire qui « peut lui faire un gros déclic dans la tête pour se dire qu’il est capable de le faire, imaginait Bouet. Le mental de Jarno chez les pros prend une autre tournure. Et maintenant, les gens vont faire attention à lui, je pense. »
Commenti
Posta un commento