Premier bilan d’une révolution


Jérémy Jacquet s'est montré impérial en charnière, comme ici (à gauche) 
devant Charles De Ketelaere lors de la victoire en Belgique (1-0).

Souvent brillant dans l'entrejeu, Lucas Da Cunha (au centre) 
est la principale révélation de ce rassemblement.

Aligné sur l'aile gauche en Turquie, Kylian Mbappé (à droite) 
a marqué avant de sortir sur blessure.

La patte Zidane au crible

Les choix nouveaux et parfois très personnels de Zinédine Zidane ont anim mé une fenêtre internationale imparfaite mais globalement positive. Les matches lui ont donné raison, et parfois moins.

Des intentions et des profils renouvelés
Da Cunha et Jacquet en tête de gondole

7 Oct 2026 - L'Équipe
VINCENT DULUC

La première fenêtre internationale du sélectionneur Zinédine Zidane s’est refermée sur un ciel bleu : avec 10 points en quatre matches, l’équipe de France est presque qualifiée pour les quarts de finale de la Ligue des nations, en mars, un temps de passage certes naturel et attendu. Les débuts de Zidane sur le banc des Bleus ont suscité une fièvre populaire et médiatique considérable, même si le Stade de France n’était pas tout à fait plein, lundi soir, pour la venue de la Belgique (4-1).

Tout ce qu’il a mis en place n’a pas forcément fonctionné, encore, mais il a assez nettement délimité son territoire au travers de décisions tranchées qu’il est naturel de passer au crible, à l’heure du premier bilan, par-delà son ambition majeure d’être avant tout une équipe de possession et de pressing.

LE 4-3-3

Zidane a tranché immédiatement après le 4-2-3-1 de la Coupe du monde, semblant estimer que ce n’est pas ainsi que l’on peut battre l’Espagne, instaurant un 4-3-3 avec une pointe basse et un joueur créatif en relayeur. Cela se rapproche du modèle Coupe du monde 2022 de Didier Deschamps, avec Antoine Griezmann en relayeur. La présence d’un meneur offensif au milieu, qui a bien mieux valorisé Rayan Cherki que Maghnes Akliouche, a souvent provoqué de très bonnes séquences, et l’entrée du joueur de City face aux Belges a participé au renversement spectaculaire.

Mais il est clair qu’au-delà de la structure, Zidane veut autre chose de ce milieu, le profil de Lucas Da Cunha étant absolument incomparable avec celui des trois milieux défensifs de Deschamps, Aurélien Tchouaméni, Adrien Rabiot et Manu Koné, qui vont devoir évoluer dans un autre registre pour avoir une chance de conserver leur statut. La confiance surprenante, a priori, mais totalement justifiée, a posteriori, accordée à Da Cunha et Eduardo Camavinga a mis au jour ce que Zidane attend d’un milieu et de ses capacités techniques.

Sur cette base, plusieurs séquences ont été intéressantes, mais il est difficile de prétendre que cela a toujours mieux fait jouer les Bleus, ni ne les a rendus plus solides. Cela leur a donné 65 % de possession moyenne sur les quatre matches, mais les milieux ont parfois fait tourner le ballon en rond, ils n’ont pas eu beaucoup d’influence pour que l’équipe soit plus dangereuse dans les 30 derniers mètres, et ils ont parfois été battus par les transitions adverses.

S’il s’agit d’une réponse au milieu dominé par l’Espagne l’été dernier, elle n’est pas encore complètement convaincante. Mais c’est un processus, évidemment, et le rendez-vous de novembre pourrait permettre d’observer la synthèse que Zidane aura faite de tout cela, ainsi que le bénéfice de la répétition et de la constance des choix, à un moment de son mandat et du calendrier où il a le temps de construire et d’installer ses principes.

LES NOUVEAUX

Sept joueurs du rassemblement n’avaient aucune sélection. Un seul, le troisième gardien, Jean Butez, n’a pas été titulaire sur la séquence. Le bilan de ces nouveaux est globalement positif, mais pas définitif, parce qu’ils reviendront dans un mois, ou parce que la digestion d’une première sélection se juge en club dans les semaines qui suivent : elle n’est pas toujours facile, mais révèle les caractères et la capacité à franchir un palier.

On ne peut pas vraiment juger Guillaume Restes, peu sollicité, mais à la hauteur de sa première sélection, lundi, face à la Belgique, alors que les observateurs du Championnat d’Angleterre ont été agréablement surpris par les débuts très réussis de Leny Yoro, qui a certes eu de la chance que Maxence Lacroix se coltine Romelu Lukaku. Appelé au dernier moment pour remplacer Ibrahima Konaté, Yoro souligne une incroyable densité en défense centrale, après les débuts impressionnant de Jérémy Jacquet qui s’est immédiatement positionné comme un possible titulaire. À terme, avec Dayot Upamecano, William Saliba, Jacquet, Lacroix, Yoro et Konaté, s’il retrouve au Real ce qu’il avait perdu à Liverpool, Zidane aura du choix.

Ses options les plus nouvelles concernaient le passage inédit d’Andy Diouf en latéral gauche, les débuts d’Estéban Lepaul au poste d’avant-centre et la confiance accordée à Da Cunha en pointe basse du milieu. La séquence est aussi la preuve qu’on ne peut pas tout réussir d’un seul coup, ni avoir raison sur tous les plans, peut-être: installé à un poste qui n’est pas le sien, même s’il correspond à son pied gauche, Diouf a eu du mal à s’adapter défensivement, souvent battu sur les premiers mètres. C’est un poste devenu pauvre en bleu, on le sait depuis longtemps, le piston droit de l’Inter n’a pas encore convaincu qu’il pouvait être la solution, moins, sans doute, que la culture du poste et les qualités offensives d’Adrien Truffert.

Moins anticipé que Jacquet, que tout le monde a vu venir de loin, Da Cunha a été la véritable révélation du rassemblement, par la qualité de son pied gauche, son intelligence et sa vision, même s'il est plus un joueur de possession et se montre moins à l'aise quand l'équipe recule. Ces quatre matches ont permis de voir ce que Zidane et David Bettoni avaient repéré chez lui.

Lepaul est dans un entre-deux : il sait toujours se trouver là où il le faut, mais il n'a pas été décisif, en difficulté dans le jeu et dans les duels. Il ne suffisait pas d'être un nouveau, au fond, pour être une révélation: Eduardo Camavinga a probablement vécu sa meilleure vie au milieu depuis le début de sa carrière internationale, et Pierre Kalulu a plutôt montré qu'il pouvait être une alternative à Jules Koundé, surtout si ce dernier ne récupère pas son poste de titulaire à Barcelone. Au total, s'il est à la fois naturel que Zidane cherche et qu'il ne trouve pas tout, tout de suite, l'ensemble reste plutôt positif.

KYLIAN MBAPPÉ
Un positionnement
et un statut questionnés

En équipe de France, le débat du 9 est ancien. Kylian Mbappé a longtemps attendu son heure pour jouer avant-centre, derrière Olivier Giroud (Coupe du monde 2018), Karim Benzema (Euro 2021) ou encore Giroud (CM 2022). Diminué par sa fracture du nez à l'Euro 2024, il a disputé sa première phase finale en pointe en forme, à la Coupe du monde 2026, donc il a été le meilleur buteur (10 buts). Pourtant, le message envoyé par Zidane, dès son premier match en Turquie (1-0), avec Ousmane Dembélé avant-centre et Mbappé sur le côté gauche, était le signe d'une conviction profonde, puisque le nouveau sélectionneur avait eu tout l'été pour réfléchir, et pour conclure qu'il préférait Mbappé à gauche et Dembélé dans l'axe.

Mbappé ayant été blessé en Turquie, il n'a pas été possible de voir dans quelle mesure Zidane aurait amendé ce choix de départ. Si Dembélé a joué à droite face à la Belgique, ce n'est pas parce qu'il a été un avant-centre quelconque, même s'il l'a été, mais parce que Lepaul ne peut pas jouer ailleurs. La position de Mbappé sera un enjeu sportif et politique du prochain rassemblement, même si, politiquement, Zidane sera assez fort pour ne pas être embarrassé par ce genre de pression, qu'elle vienne de l'intérieur ou de l'extérieur.

Mais il sait sûrement qu'il faudra que Dembélé en montre beaucoup plus au poste d'avant-centre pour justifier l'exil durable de Mbappé à gauche, même si son but en Turquie, au bout d'un match personnel peu enthousiasmant, a confirmé que son efficacité n'est pas forcément indexée sur sa position de départ.

On sent bien, pourtant, que quelque chose a changé avec l'arrivée de Zidane. Mbappé était un choix central, et Deschamps construisait autour de lui. Dorénavant, il est possible que la position de Mbappé soit dépendante de la forme et du profil des autres attaquants : si Dembélé est bon en 9, Mbappé risque de rester à gauche. Mais si Désiré Doué est aussi irrésistible que sur la séquence, il pourra pousser Dembélé sur le banc et participer à recentrer Mbappé. Sur le front du duo Mbappé-Dembélé, ce rassemblement aura donc été un peu étrange, entamé par une tension personnelle autour de la revendication du Ballon d'Or, et achevé par la possibilité de voir l'un récupérer son bien, le poste d'avant-centre, aux dépens de l'autre. Mais sur le sujet, Zidane n'a rien dit. Ce sera pour novembre, peut-être.
 
***


Rayan Cherki (de dos) a insisté sur la bonne ambiance qui 
règne chez les Bleus depuis l’arrivée de Zinédine Zidane.

Club France

Même sans match, ni entraînement, le sélectionneur de l’équipe de France Zinédine Zidane va poursuivre la refonte de son poste entre les deux rassemblements des Bleus. L’ancien numéro 10 souhaite manager sa sélection comme il gérait son club à Madrid.

"J’ai rarement connu un groupe qui vit aussi bien"
   - RAYAN CHERKI, MILIEU DES BLEUS

7 Oct 2026 - L'Équipe
LOÏC TANZI (avec H. De.)

Zinédine Zidane en aurait bien redemandé un peu. Le nouveau sélectionneur de l’équipe de France termine ses quatorze premiers jours avec les Bleus « frustré » . Non pas à cause des résultats (trois victoires, un nul), mais plutôt parce qu’il aurait souhaité poursuivre son travail, continuer d’animer les séances avec intensité et plaisir, et prolonger l’affinement des détails de son ouvrage. Hier, avec l’ensemble de son staff au siège de la Fédération française de football, Zidane a fait un large débriefing de ce premier rassemblement et se projette, déjà, sur celui de novembre.

« J’ai choisi ce métier, j’en ai rêvé, disait-il lundi au moment de quitter un Stade de France qu’il ne retrouvera pas en novembre puisque ses joueurs évolueront à Bordeaux, le 15, contre la Turquie après avoir joué à Milan le 12 contre l’Italie. Là, je vais être frustré quelques jours, puis je vais continuer à travailler en allant voir mes joueurs. » Le sélectionneur va prendre un peu de repos avant de se replonger, très vite, dans l’observation pour être sûr de ne manquer aucun potentiel en vue de sa prochaine liste. Didier Deschamps n’était pas un homme qui se déplaçait beaucoup dans les stades, laissant ce travail à Guy Stéphan ou Franck Raviot. Zidane compte, lui, pouvoir aller voir une grande partie de ses joueurs en direct.

En habitant Madrid, il pourra déjà rendre visite àKy li an Mbappé, Aurélien Tchouaméni, Eduardo Camavinga, Ibrahima Konaté et Ferland Mendy (blessé), qui évoluent sous les couleurs du Real. Autour de Zidane, toute une organisation a été mise en place pour ne rien manquer des performances des joueurs ciblés et jugés « potentiellement sélectionnables » . À la manière d’une cellule de recrutement de club, l’équipe de France va multiplier les observations sur le terrain, avec les têtes d’affiche que sont Zidane, David Bettoni ou Fabien Barthez. Mais la présence pourra aussi être plus discrète, avec Stéphane Plancque (observateur) ou Farid Tabet (assistant de l’entraîneur, spécialisé dans la data et la vidéo).

Un nouvel usage de la vidéo

Comme dans un club, cette « cellule » complétera l’observation faite sur le terrain par une analyse vidéo, en lien avec les données récoltées. L’utilisation de la vidéo était déjà largement répandue dans le staff de Deschamps, notamment à travers l’étude des forces et des faiblesses des adversaires. Elle est désormais encore plus poussée, avec des retours collectifs – mais pas encore individuels – auprès des joueurs. Les moments passés à la vidéo sont plus nombreux désormais, mais aussi plus courts qu’avec Deschamps. Un joueur comme Lucas Da Cunha était évidemment connu de Deschamps et de sa garde rapprochée. Mais les chiffres sont venus appuyer ce que Zidane et les siens avaient apprécié chez lui, afin de confirmer qu’il pouvait avoir sa place dans le style de jeu souhaité par le sélectionneur.

Pour aller plus loin dans la comparaison entre le fonctionnement de la sélection et celui d’un club, le nouveau staff compte avoir une influence sur les équipes de jeunes. Il n’est pas question de faire de l’ingérence pour le moment, mais plutôt d’arriver à dresser une feuille de route commune pour obtenir des résultats profitables à l’équipe A. Les systèmes de jeu, notamment, vont évoluer. Bettoni devait, par exemple, se rendre hier soir à la rencontre des Espoirs contre la Suisse. L’Euro 2027 dans cette catégorie peut être déterminant pour l’avenir de certains en sélection A.

Dans son management, Zidane a profondément modifié les habitudes de l’équipe de France et a aussi souhaité se rapprocher du fonctionnement d’un club. « Il pense exactement comme ça, rapporte un membre de son encadrement. Dans la manière de gérer les 23 joueurs, par exemple, dans leur temps de jeu, dans l’individualisation des entraînements, dans l’utilisation des médias internes et externes et, évidemment, dans la composition d’un staff plus large. » Lors des séances, des joueurs ont redécouvert des exercices poussés, travaillés habituellement sur la durée avec leur club, avec des ateliers parfois en individuel ou par petits groupes.

La plus grande réussite de Zidane sur ce premier rassemblement sera probablement d’avoir permis à son groupe de continuer sur sa lancée après une Coupe du monde réussie hors des terrains. « On a vraiment une cohésion de groupe extraordinaire, expliquait Rayan Cherki au micro de TF1 lundi (après la victoire contre la Belgique, 4-1). Forcément, vous ne le voyez pas, parce que c’est en privé. J’ai rarement connu un groupe qui vit aussi bien, du premier au dernier joueur, du premier au dernier membre du staff. Franchement, c’est kiffant et ça se ressent sur le terrain. »

Amateur du secret et de l’entre-soi, celui qui se perd encore parfois entre le français et l’espagnol dans ses causeries est protecteur, proche de ses joueurs, et souhaite pouvoir conserver ce lien même hors des rassemblements. Mis à part avec quelques relais importants ou lorsqu’il y avait des blessures, Deschamps utilisait peu son téléphone pour appeler ses poulains. Zidane souhaite être plus présent dans leur carrière. Une manière aussi de ne jamais vraiment couper.

***

La trêve allongée appelée à se répéter

En dépit de certaines craintes, la longue séquence internationale, avec quatre matches par sélection, a suscité plus d’intérêt que prévu, et notamment de bonnes audiences. Elle se répétera à chaque début d’automne jusqu’en 2030.

7 Oct 2026 - L'Équipe
ÉTIENNE MOATTI

Pendant que Zinédine Zidane procédait à une large revue d’effectif plutôt concluante lors de ces quatre rencontres rapprochées de Ligue des nations, de nombreux clubs cherchaient à s’occuper avec des matches amicaux. Inédite, la durée de cette trêve internationale (du 21 septembre au 6 octobre) a été décidée par la FIFA afin de réduire la fragmentation du calendrier et les déplacements répétés des internationaux. Avec un contexte particulier : la Coupe du monde 2026 s’est terminée le 19 juillet, plus tard que d’habitude, avec son nouveau format à 48 équipes. Mais cette raison n’est sans doute pas essentielle, puisque cette nouvelle formule, avec une trêve XXL au début de l’automne, est d’ores et déjà prévue jusqu’en 2030.

Comme elle en a parfois la mauvaise habitude, la FIFA n’a pas pris cette décision dans son coin, mais en concertation avec les confédérations, dont l’UEFA. Mais aussi avec l’EFC, la puissante association européenne des clubs, où l’on explique que ses membres (900 aujourd’hui) se sont généralement montrés favorables à cette mesure, notamment en raison de la réduction du nombre de fenêtres où ils devaient libérer leurs joueurs (quatre fenêtres FIFA au lieu de cinq).

Il n’y a pas qu’en France 
que les audiences ont 
été au rendez-vous

Comme éléments appréciables, on évoque aussi la diminution des déplacements longue distance et le bienêtre général des joueurs. Même si certains pointaient du doigt le manque de continuité dans les Championnats nationaux et les risques de blessures. Plusieurs sélectionneurs, dont Xavi (Pays-Bas), Jürgen Klopp (Allemagne), Thomas Tuchel (Angleterre) et Luis de la Fuente (Espagne) se sont aussi inquiétés. Ils avaient raison car les blessés ont été, une nouvelle fois, nombreux et prestigieux, comme Kylian Mbappé, Raphinha, Jamal Musiala, Alexander Isak, Cody Gakpo, Ferran Torres ou Erling Haaland. Les dégâts ont été importants, mais sans doute pas davantage avec une trêve élargie qu’avec deux fenêtres internationales successives.

C’est sans doute du côté des diffuseurs que l’appréhension était la plus forte, avec la crainte que la répétition de quatre matches en si peu de temps lasse le public. Il n’en a finalement rien été. En France, les Bleus ont mêmeretrouvé des couleurs par rapport à l’automne 2025, réunissant en moyenne 6,68 millions de téléspectateurs contre autour de 5 millions un an plus tôt. Une hausse spectaculaire due aussi à « l’effet Zidane ». Mais dans les autres grands pays européens, la tendance semble également favorable, notamment en Espagne et en Allemagne, un peu moins en Italie ou en Angleterre.

Le sujet sera débattu demain à Berlin, où les 55 membres de l’UEFA seront réunis. Les plus petites nations exprimeront sans doute une difficulté particulière pour elles. Avec des réservoirs de joueurs plus restreints, elles sont forcément désavantagées, car elles ne peuvent pas, comme l’a fait Zidane et la plupart des sélectionneurs des pays dominants, faire tourner pour avoir des joueurs frais.

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