LÉGISLATIVES EN SUÈDE A Stockholm, l’extrême droite imprègne la jeunesse
Rassemblement de partisans du chahd’Iran, avec le chef de l’extrême droite
Jimmie Akesson (au centre, veste claire), à Stockholm samedi dernier.
En soutenant la coalition en place, les Démocrates de Suède se sont mis en position d’arbitre, dictant leur agenda anti-immigration. Pour gagner les élections dimanche, ce parti d’extrême droite compte sur le vote des jeunes qu’il influence notamment via TikTok.
«On ne parle pas des conséquences que va avoir l’enfermement
de jeunes mineurs dans des prisons et nous n’avons pas
de plan prévu pour la réinsertion de tous ces jeunes.»
- Camila Salazar Atías candidate aux législatives
pour les Sociaux-démocrates et criminologue
12 Sep 2026 - Libération
Texte et photos NICOLAS LEE Correspondant à Stockholm
«Jimmie Akesson est là ! On peut aller prendre une photo avec lui !» Sur la place Sergels Torg, en plein coeur de Stockholm, une foule s’amasse devant le bus de campagne du leader des Démocrates de Suède. Oskar (prénom modifié), à peine 12 ans, serre son téléphone, déjà prêt à immortaliser le moment. L’ambiance contraste avec le tempérament tranquille des villes scandinaves. Dans la capitale suédoise, dont le centre arbore un style moderne des années 60, la place est noire de monde en ce dernier weekend avant les élections législatives prévues dimanche. L’arrivée du candidat d’extrême droite, qui sillonne la Suède à bord d’un bus affichant une abeille au milieu de fleurs bleues, le logo des Démocrates de Suède (SD), attire des foules jeunes et masculines. Selon un sondage de l’Office suédois de la statistique, le parti recueille près de deux fois plus de soutien chez les hommes que chez les femmes.
Gardant toujours un oeil sur la file d’attente qui avance pour ne pas rater sa chance, Theodor, 15 ans, élève du secondaire à la voix encore aiguë, s’est approprié les arguments présentés par le candidat d’extrême droite : «Les SD proposent de punir plus durement les criminels et d’expulser ceux qui commettent des crimes en Suède et sont étrangers. Je trouve que c’est une bonne idée ! Je ne peux pas encore voter mais quand je pourrai, oui, je voterai pour les Démocrates de Suède.» Il ajoute, en haussant les épaules : «Mes parents ne sont pas du tout de cet avis, eux, ils votent pour les Sociaux-démocrates, je crois.»
FRAGILE CORDON SANITAIRE
Considéré comme un paria dans la vie politique suédoise, notamment en raison de ses racines néonazies, le parti a été hissé par Jimmie Akesson, en deux décennies, au rang de deuxième force politique du pays. Ce qui lui a octroyé, à l’issue des dernières élections législatives en 2022, un droit de regard sur la politique du gouvernement, sans y participer (lire ci-contre). Notamment sur les volets consacrés à l’immigration et à l’intégration. Et a permis la mise en oeuvre de certains éléments de son programme, comme la baisse de l’âge de la responsabilité pénale (passé aujourd’hui à 14 ans) ou une loi poussant les fonctionnaires à la délation.
Cheveux plaqués et tee-shirt bleu nuit, Johan Tireland, chef de cabinet des SD au conseil municipal de Stockholm et candidat aux législatives, ne cache pas ses ambitions : «On a prouvé notre sérieux et l’efficacité des politiques que nous avons imposées. Nous sommes maintenant prêts à assurer l’exercice du pouvoir !» Au pied du bus de campagne, il attrape au vol les téléphones, prend les photos et passe au suivant. «Ce n’était pas prévu qu’on fasse une séance de photos avec J immie!» Alors que le grand véhicule s’extirpe péniblement de la place Sergels Torg, il se réjouit : «Les jeunes voient les conséquences de l’insécurité et de la violence. C’est pour cela qu’ils sont très nombreux à adhérer à nos solutions.» Johan Tireland ne précise pas qu’il a été lui-même condamné pour une douzaine d’infractions, dont menaces illégales, dégradations, infractions liées aux stupéfiants et au dopage, et violences sur un agent public, selon le magazine Expo.
Confrontée à une explosion de la violence des gangs ces dernières années, la Suède a connu depuis 2025 une accalmie des règlements de compte. Même si la corrélation reste difficile à établir entre les mesures restrictives du gouvernement et la baisse des fusillades, selon Camila Salazar Atías, candidate aux législatives pour les Sociaux-démocrates et criminologue respectée en Suède. «On ne parle pas des conséquences que va avoir l’enfermement de jeunes mineurs dans des prisons et nous n’avons pas de plan prévu pour la réinsertion de tous ces jeunes», déplore-t-elle.
Elle accuse par ailleurs les partis de la coalition d’avoir droitisé tout le spectre politique en normalisant les Démocrates de Suède : «Les SD se sont maquillés en surface, mais le projet de renvoyer des familles de réfugiés et le vocabulaire utilisé sur la démographie montrent que le parti garde toujours en tête un projet raciste.»
Pour élargir leur électorat et toucher la jeunesse, les SD investissent énormément les réseaux sociaux, et de manière très offensive. En 2024, une enquête de la chaîne TV4 révélait que le parti avait recours à une usine à trolls pour propager de la désinformation, mais aussi attaquer ses opposants.
CODES DES RÉSEAUX SOCIAUX
Sur la place Sergels Torg, un certain «SD Micke», grand gaillard aux cheveux décolorés et aux petites lunettes noires, suscite les demandes de photos de préadolescents incrédules. «Waouh, tu es SD Micke ?» piaffent-ils en s’approchant de l’influenceur employé par le parti. Avides de vidéos en ligne, Oskar et Theodor le pointent du doigt lorsqu’on leur demande comment ils ont découvert les Démocrates de Suède. Cet influenceur, qui cumule aujourd’hui plus de 142 000 abonnés sur TikTok, joue de tous les codes des réseaux sociaux, à coups de vidéos de réaction, d’explications des politiques des Démocrates de Suède ou encore d’interviews familières avec Jimmie Akesson. L’influenceur reconnaît que la majorité de son audience a entre 10 et 15 ans.
«Traditionnellement, nous avons un électorat plutôt rural, mais nous devons désormais convaincre dans les grandes villes», explique Johan Tireland, qui espère y rafler de nouveaux mandats locaux. A Stockholm, la situation est plus difficile pour les Démocrates de Suède. Dans un pays qui honnit la confrontation, beaucoup d’habitants n’assument pas encore tout à fait ouvertement leur vote pour le parti d’extrême droite. Après deux heures passées au stand du SD, hormis les plus jeunes, ceux qui s’arrêtent pour discuter avec les militants refusent toute interview.
Plus tard, dans un parc du quartier huppé d’Östermalm, Jimmie Akesson se mêle à un rassemblement contre le régime iranien. Deuxième bain de foule de la journée, cette fois avec les soutiens de Reza Pahlavi, l’héritier du chah d’Iran. Une alliance surprenante au premier abord pour un parti ouvertement opposé à l’accueil des réfugiés et oeuvrant pour leur expulsion. Johan Vikyov, jeune militant SD de 21 ans, qui a rejoint le parti depuis ses 16 ans, n’y voit pas de contradiction. «Les Démocrates de Suède ne sont pas racistes. Nous pensons que les personnes doivent s’intégrer et apprendre [notre] langue pour faire partie du pays», assure-t-il. D’origine bulgare, il ne s’émeut pas du fait que sa famille n’aurait probablement pas pu s’installer en Suède si les règles d’immigration avaient été aussi strictes à l’époque.
Le bus de campagne grogne et l’agitation retombe. Johan Tireland regarde la foule, les drapeaux suédois et les lions royaux iraniens, et esquisse un sourire froid. «Je suis membre du parti depuis 2013, dit-il. Quand nous faisions campagne pour les élections de 2014, il y avait de grandes manifestations contre nous. Nous devions systématiquement être entourés de barrières anti-émeutes, sinon les manifestants nous auraient tout simplement pris d’assaut. Maintenant, on peut faire de la politique sans opposition.»
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Le pacte qui pourrait être fatal aux Libéraux
12 Sep 2026 - Libération
N. LE. (à Stockholm)
En faisant alliance avec la formation d’extrême droite, le parti de centre droit pensait rebondir, mais pourrait se retrouver sans député au Parlement.
Devant les caméras de télévision, la cheffe du parti des Libéraux suédois (centre droit), Simona Mohamsson, et Jimmie Akesson, le leader du parti des Démocrates de Suède (SD, extrême droite) se tombent dans les bras. Une telle scène était encore impensable il y a quatre ans. Mais depuis un accord passé en mars entre les deux formations, et à l’approche d’élections générales qui se tiendront ce dimanche, elle s’est reproduite plusieurs fois. «En se rapprochant des Démocrates de Suède, qui ont une vision de la société totalement différente, les Libéraux ont radicalement changé de cap», explique Li Bennich-Björkman, professeure à l’université d’Uppsala. Historiquement, les Libéraux recrutent chez les enseignants, les universitaires, et les cadres de la fonction publique, avec un discours centré sur les libertés individuelles. Au programme des SD, au contraire, les obsessions habituelles de l’extrême droite en Europe : durcissement drastique des conditions d’accueil des demandeurs d’asile, incitation au retour des réfugiés dans leur pays d’origine, et discours répressif face à la criminalité. La formation politique, née en 1988 dans la mouvance néonazie et de l’ultradroite, a depuis quelques années fait le pari de la respectabilité. Sous la houlette de Jimmie Akesson, le parti a gommé ses aspérités les plus radicales pour s’imposer dans le paysage politique suédois.
Digue. Son rapprochement avec les Libéraux trouve ses racines dans les élections législatives de 2022. A la sortie des urnes, SD est devenu la deuxième force politique du pays, devant les conservateurs. Les SD se sont alors entendus avec un cabinet minoritaire, composé des Modérés, des Chrétiens-Démocrates et des Libéraux. L’accord dit «de Tidö» était simple : la garantie de politiques droitières, en échange d’un soutien au Parlement. Dans les rangs de la coalition, l’acceptabilité de ce compromis tenait à une ligne rouge : les Démocrates de Suède devaient rester à la porte du gouvernement. Quatre ans plus tard, la digue a cédé. En mars, Simona Mohamsson a scellé avec Jimmie Akesson un pacte en quinze points ouvrant la voie à une participation de l’extrême droite au gouvernement, en cas de victoire et en échange du soutien du SD à certaines priorités des Libéraux. Quelques semaines plus tard, le Premier ministre Modéré, Ulf Kristersson, a emboîté le pas, en invitant à son tour les SD à participer au prochain gouvernement, s’il sortait victorieux du scrutin dimanche.
Cette évolution nourrit les critiques de ceux qui estiment que les partis de droite ont contribué à banaliser l’extrême droite. Au sein des Libéraux, on défend au contraire une stratégie de responsabilisation des SD. «Lorsque nous les obligeons à prendre des responsabilités et à rendre des comptes aux électeurs, ils sont en réalité beaucoup moins bien placés pour gagner des voix», affirme à Libération le numéro 2 du parti, Fredrik Brang.
Basculement. «C’est une lutte interne qui dure depuis des années dans le parti, explique Sten Widmalm, professeur de sciences politiques à l’université d’Uppsala. Une frange plutôt traditionnelle souhaite maintenir le cap d’une politique proprement libérale. Une autre, portée notamment par la nouvelle direction, pousse pour un changement stratégique vers la droite de l’échiquier pour se renouveler.» C’est cette seconde ligne, incarnée par Simona Mohamsson, qui l’a emporté, provoquant plusieurs départs marquants parmi les caciques du parti. Ce basculement stratégique, pour l’instant, n’a pas stoppé l’hémorragie. Depuis le début de l’année, les Libéraux oscillent autour de 2,5 % d’intentions de vote dans plusieurs sondages, soit bien en dessous des 4 % requis pour entrer au Parlement lors du scrutin général. «Une partie de leur électorat fuit vers le Parti du centre, détaille Li Bennich-Björkman. Son positionnement politique est un peu plus à gauche, et il a su maintenir une ligne rouge claire, contre toute collaboration avec les Démocrates de Suède.» Et d’ajouter : «En plus d’un siècle, ce serait la première fois que les Libéraux ne seraient pas représentés au Parlement.»
***
Raduno dei sostenitori dello Shah dell’Iran, con il leader di estrema destra
Jimmie Akesson (al centro, giacca chiara), a Stoccolma sabato scorso.
A Stoccolma, l’estrema destra permea il mondo giovanile
Sostenendo la coalizione al potere, i Democratici Svedesi si sono posti in una posizione di arbitro, imponendo la propria agenda anti-immigrazione. Per vincere le elezioni di domenica, questo partito di estrema destra conta sul voto dei giovani, sui quali esercita la propria influenza soprattutto tramite TikTok.
«Non si parla delle conseguenze che avrà la detenzione
di minorenni nelle carceri e non abbiamo un piano
previsto per il reinserimento di tutti questi giovani.»
- Camila Salazar Atías, candidata alle elezioni legislative
per i Socialdemocratici e criminologa
12 settembre 2026 - Libération
Testo e foto di NICOLAS LEE, corrispondente da Stoccolma
«Jimmie Akesson è qui! Possiamo andare a farci una foto con lui!» In piazza Sergels Torg, nel cuore di Stoccolma, una folla si raduna davanti all’autobus della campagna elettorale del leader dei Democratici di Svezia. Oskar (nome di fantasia), che ha appena 12 anni, stringe il cellulare, già pronto a immortalare il momento. L’atmosfera contrasta con il carattere tranquillo delle città scandinave. Nella capitale svedese, il cui centro sfoggia uno stile moderno degli anni ’60, la piazza è gremita di gente in questo ultimo fine settimana prima delle elezioni legislative previste per domenica. L’arrivo del candidato di estrema destra, che sta attraversando la Svezia a bordo di un pullman su cui spicca un’ape in mezzo a fiori blu, il logo dei Democratici di Svezia (SD), attira folle di giovani uomini. Secondo un sondaggio dell’Ufficio Statistico Svedese, il partito raccoglie quasi il doppio dei consensi tra gli uomini rispetto alle donne.
Tenendo sempre d’occhio la fila che avanza per non perdere l’occasione, Theodor, 15 anni, studente delle scuole superiori dalla voce ancora acuta, ha fatto propri gli argomenti presentati dal candidato di estrema destra: «I SD propongono di punire più severamente i criminali e di espellere coloro che commettono reati in Svezia e sono stranieri. Penso sia una buona idea! Non posso ancora votare, ma quando potrò, sì, voterò per i Democratici di Svezia». Aggiunge, scrollando le spalle: «I miei genitori non la pensano affatto così, loro votano per i Socialdemocratici, credo».
FRAGILE CORDONE SANITARIO
Considerato un paria nella vita politica svedese, in particolare a causa delle sue radici neonaziste, il partito è stato portato da Jimmie Akesson, nel giro di due decenni, al rango di seconda forza politica del Paese. Ciò gli ha conferito, all’indomani delle ultime elezioni legislative del 2022, un diritto di controllo sulla politica del governo, pur senza farne parte (leggasi sotto). In particolare sugli aspetti relativi all’immigrazione e all’integrazione. E ha permesso l’attuazione di alcuni punti del suo programma, come l’abbassamento dell’età della responsabilità penale (oggi fissata a 14 anni) o una legge che spinge i funzionari pubblici alla delazione.
Con i capelli lisci e una maglietta blu notte, Johan Tireland, capo di gabinetto dei Socialdemocratici nel Consiglio comunale di Stoccolma e candidato alle elezioni legislative, non nasconde le sue ambizioni: «Abbiamo dimostrato la nostra serietà e l’efficacia delle politiche che abbiamo attuato. Ora siamo pronti ad assumere il potere!» Ai piedi del pullman della campagna elettorale, afferra al volo i telefoni, scatta le foto e passa al successivo. «Non era previsto che facessimo un servizio fotografico con Jimmie!» Mentre il grande veicolo si fa faticosamente strada fuori dalla Sergels Torg, esulta: «I giovani vedono le conseguenze dell’insicurezza e della violenza. È per questo che sono in tantissimi ad aderire alle nostre soluzioni.» Johan Tireland non precisa che lui stesso è stato condannato per una dozzina di reati, tra cui minacce illegali, atti vandalici, reati legati agli stupefacenti e al doping, e violenza contro un pubblico ufficiale, secondo la rivista Expo.
Di fronte a un’esplosione della violenza delle bande negli ultimi anni, dal 2025 la Svezia ha registrato una tregua nelle vendette. Anche se rimane difficile stabilire una correlazione tra le misure restrittive del governo e il calo delle sparatorie, secondo Camila Salazar Atías, candidata alle elezioni legislative per i Socialdemocratici e criminologa di chiara fama in Svezia. «Non si parla delle conseguenze che avrà la detenzione di minorenni nelle carceri e non abbiamo un piano previsto per il reinserimento di tutti questi giovani», deplora.
Accusa inoltre i partiti della coalizione di aver spostato verso destra l’intero spettro politico normalizzando i Democratici di Svezia: «Gli SD si sono truccati in superficie, ma il progetto di rimpatriare le famiglie di rifugiati e il lessico utilizzato in materia di demografia dimostrano che il partito ha ancora in mente un progetto razzista».
Per ampliare il proprio elettorato e raggiungere i giovani, gli SD investono enormemente nei social network, e in modo molto aggressivo. Nel 2024, un’inchiesta dell’emittente TV4 ha rivelato che il partito ricorreva a una fabbrica di troll per diffondere disinformazione, ma anche per attaccare i propri oppositori.
I CODICI DEI SOCIAL
In piazza Sergels, un certo «SD Micke», un ragazzo alto con i capelli decolorati e occhialetti neri, suscita richieste di foto da parte di preadolescenti increduli. «Wow, sei SD Micke?», esclamano eccitati avvicinandosi all’influencer ingaggiato dal partito. Appassionati di video online, Oskar e Theodor lo indicano con il dito quando viene loro chiesto come hanno scoperto i Democratici di Svezia. Questo influencer, che oggi conta oltre 142.000 follower su TikTok, sfrutta tutti i codici dei social media, con video di reazione, spiegazioni delle politiche dei Democratici di Svezia o ancora interviste informali con Jimmie Akesson. L’influencer riconosce che la maggior parte del suo pubblico ha un’età compresa tra i 10 e i 15 anni.
«Tradizionalmente, abbiamo un elettorato piuttosto rurale, ma ora dobbiamo convincere anche nelle grandi città», spiega Johan Tireland, che spera di conquistare nuovi seggi a livello locale. A Stoccolma, la situazione è più difficile per i Democratici di Svezia. In un Paese che detesta lo scontro, molti abitanti non ammettono ancora del tutto apertamente di votare per il partito di estrema destra. Dopo due ore trascorse allo stand dell’SD, a parte i più giovani, chi si ferma a parlare con gli attivisti rifiuta qualsiasi intervista.
Più tardi, in un parco dell’esclusivo quartiere di Östermalm, Jimmie Akesson si unisce a una manifestazione contro il regime iraniano. Secondo bagno di folla della giornata, questa volta con i sostenitori di Reza Pahlavi, l’erede dello scià d’Iran. Un’alleanza a prima vista sorprendente per un partito apertamente contrario all’accoglienza dei rifugiati e che si batte per la loro espulsione. Johan Vikyov, 21enne attivista dei Democratici di Svezia, entrato nel partito all’età di 16 anni, non vi vede alcuna contraddizione. «I Democratici di Svezia non sono razzisti. Riteniamo che le persone debbano integrarsi e imparare la [nostra] lingua per far parte del Paese», assicura. Di origini bulgare, non si scompone al pensiero che la sua famiglia probabilmente non avrebbe potuto stabilirsi in Svezia se le norme sull’immigrazione fossero state così rigide all’epoca.
Il pullman della campagna elettorale romba e il trambusto si placa. Johan Tireland osserva la folla, le bandiere svedesi e i leoni reali iraniani, e abbozza un sorriso freddo. «Sono membro del partito dal 2013», dice. «Quando facevamo campagna per le elezioni del 2014, c’erano grandi manifestazioni contro di noi. Dovevamo essere sistematicamente circondati da barriere antisommossa, altrimenti i manifestanti ci avrebbero semplicemente assalito. Ora possiamo fare politica senza opposizione.»
Il patto che potrebbe rivelarsi fatale per i Liberali
Stringendo un’alleanza con la formazione di estrema destra, il partito di centro-destra pensava di rilanciarsi, ma potrebbe ritrovarsi senza deputati in Parlamento.
- Camila Salazar Atías, candidata alle elezioni legislative
per i Socialdemocratici e criminologa
12 settembre 2026 - Libération
Testo e foto di NICOLAS LEE, corrispondente da Stoccolma
«Jimmie Akesson è qui! Possiamo andare a farci una foto con lui!» In piazza Sergels Torg, nel cuore di Stoccolma, una folla si raduna davanti all’autobus della campagna elettorale del leader dei Democratici di Svezia. Oskar (nome di fantasia), che ha appena 12 anni, stringe il cellulare, già pronto a immortalare il momento. L’atmosfera contrasta con il carattere tranquillo delle città scandinave. Nella capitale svedese, il cui centro sfoggia uno stile moderno degli anni ’60, la piazza è gremita di gente in questo ultimo fine settimana prima delle elezioni legislative previste per domenica. L’arrivo del candidato di estrema destra, che sta attraversando la Svezia a bordo di un pullman su cui spicca un’ape in mezzo a fiori blu, il logo dei Democratici di Svezia (SD), attira folle di giovani uomini. Secondo un sondaggio dell’Ufficio Statistico Svedese, il partito raccoglie quasi il doppio dei consensi tra gli uomini rispetto alle donne.
Tenendo sempre d’occhio la fila che avanza per non perdere l’occasione, Theodor, 15 anni, studente delle scuole superiori dalla voce ancora acuta, ha fatto propri gli argomenti presentati dal candidato di estrema destra: «I SD propongono di punire più severamente i criminali e di espellere coloro che commettono reati in Svezia e sono stranieri. Penso sia una buona idea! Non posso ancora votare, ma quando potrò, sì, voterò per i Democratici di Svezia». Aggiunge, scrollando le spalle: «I miei genitori non la pensano affatto così, loro votano per i Socialdemocratici, credo».
FRAGILE CORDONE SANITARIO
Considerato un paria nella vita politica svedese, in particolare a causa delle sue radici neonaziste, il partito è stato portato da Jimmie Akesson, nel giro di due decenni, al rango di seconda forza politica del Paese. Ciò gli ha conferito, all’indomani delle ultime elezioni legislative del 2022, un diritto di controllo sulla politica del governo, pur senza farne parte (leggasi sotto). In particolare sugli aspetti relativi all’immigrazione e all’integrazione. E ha permesso l’attuazione di alcuni punti del suo programma, come l’abbassamento dell’età della responsabilità penale (oggi fissata a 14 anni) o una legge che spinge i funzionari pubblici alla delazione.
Con i capelli lisci e una maglietta blu notte, Johan Tireland, capo di gabinetto dei Socialdemocratici nel Consiglio comunale di Stoccolma e candidato alle elezioni legislative, non nasconde le sue ambizioni: «Abbiamo dimostrato la nostra serietà e l’efficacia delle politiche che abbiamo attuato. Ora siamo pronti ad assumere il potere!» Ai piedi del pullman della campagna elettorale, afferra al volo i telefoni, scatta le foto e passa al successivo. «Non era previsto che facessimo un servizio fotografico con Jimmie!» Mentre il grande veicolo si fa faticosamente strada fuori dalla Sergels Torg, esulta: «I giovani vedono le conseguenze dell’insicurezza e della violenza. È per questo che sono in tantissimi ad aderire alle nostre soluzioni.» Johan Tireland non precisa che lui stesso è stato condannato per una dozzina di reati, tra cui minacce illegali, atti vandalici, reati legati agli stupefacenti e al doping, e violenza contro un pubblico ufficiale, secondo la rivista Expo.
Di fronte a un’esplosione della violenza delle bande negli ultimi anni, dal 2025 la Svezia ha registrato una tregua nelle vendette. Anche se rimane difficile stabilire una correlazione tra le misure restrittive del governo e il calo delle sparatorie, secondo Camila Salazar Atías, candidata alle elezioni legislative per i Socialdemocratici e criminologa di chiara fama in Svezia. «Non si parla delle conseguenze che avrà la detenzione di minorenni nelle carceri e non abbiamo un piano previsto per il reinserimento di tutti questi giovani», deplora.
Accusa inoltre i partiti della coalizione di aver spostato verso destra l’intero spettro politico normalizzando i Democratici di Svezia: «Gli SD si sono truccati in superficie, ma il progetto di rimpatriare le famiglie di rifugiati e il lessico utilizzato in materia di demografia dimostrano che il partito ha ancora in mente un progetto razzista».
Per ampliare il proprio elettorato e raggiungere i giovani, gli SD investono enormemente nei social network, e in modo molto aggressivo. Nel 2024, un’inchiesta dell’emittente TV4 ha rivelato che il partito ricorreva a una fabbrica di troll per diffondere disinformazione, ma anche per attaccare i propri oppositori.
I CODICI DEI SOCIAL
In piazza Sergels, un certo «SD Micke», un ragazzo alto con i capelli decolorati e occhialetti neri, suscita richieste di foto da parte di preadolescenti increduli. «Wow, sei SD Micke?», esclamano eccitati avvicinandosi all’influencer ingaggiato dal partito. Appassionati di video online, Oskar e Theodor lo indicano con il dito quando viene loro chiesto come hanno scoperto i Democratici di Svezia. Questo influencer, che oggi conta oltre 142.000 follower su TikTok, sfrutta tutti i codici dei social media, con video di reazione, spiegazioni delle politiche dei Democratici di Svezia o ancora interviste informali con Jimmie Akesson. L’influencer riconosce che la maggior parte del suo pubblico ha un’età compresa tra i 10 e i 15 anni.
«Tradizionalmente, abbiamo un elettorato piuttosto rurale, ma ora dobbiamo convincere anche nelle grandi città», spiega Johan Tireland, che spera di conquistare nuovi seggi a livello locale. A Stoccolma, la situazione è più difficile per i Democratici di Svezia. In un Paese che detesta lo scontro, molti abitanti non ammettono ancora del tutto apertamente di votare per il partito di estrema destra. Dopo due ore trascorse allo stand dell’SD, a parte i più giovani, chi si ferma a parlare con gli attivisti rifiuta qualsiasi intervista.
Più tardi, in un parco dell’esclusivo quartiere di Östermalm, Jimmie Akesson si unisce a una manifestazione contro il regime iraniano. Secondo bagno di folla della giornata, questa volta con i sostenitori di Reza Pahlavi, l’erede dello scià d’Iran. Un’alleanza a prima vista sorprendente per un partito apertamente contrario all’accoglienza dei rifugiati e che si batte per la loro espulsione. Johan Vikyov, 21enne attivista dei Democratici di Svezia, entrato nel partito all’età di 16 anni, non vi vede alcuna contraddizione. «I Democratici di Svezia non sono razzisti. Riteniamo che le persone debbano integrarsi e imparare la [nostra] lingua per far parte del Paese», assicura. Di origini bulgare, non si scompone al pensiero che la sua famiglia probabilmente non avrebbe potuto stabilirsi in Svezia se le norme sull’immigrazione fossero state così rigide all’epoca.
Il pullman della campagna elettorale romba e il trambusto si placa. Johan Tireland osserva la folla, le bandiere svedesi e i leoni reali iraniani, e abbozza un sorriso freddo. «Sono membro del partito dal 2013», dice. «Quando facevamo campagna per le elezioni del 2014, c’erano grandi manifestazioni contro di noi. Dovevamo essere sistematicamente circondati da barriere antisommossa, altrimenti i manifestanti ci avrebbero semplicemente assalito. Ora possiamo fare politica senza opposizione.»
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Il patto che potrebbe rivelarsi fatale per i Liberali
Stringendo un’alleanza con la formazione di estrema destra, il partito di centro-destra pensava di rilanciarsi, ma potrebbe ritrovarsi senza deputati in Parlamento.
12 settembre 2026 - Libération
N. LE. (da Stoccolma)
Davanti alle telecamere, la leader del Partito Liberale svedese (centro-destra), Simona Mohamsson, e Jimmie Akesson, leader del Partito dei Democratici di Svezia (SD, estrema destra), si abbracciano. Una scena del genere era ancora impensabile quattro anni fa. Ma da quando, a marzo, è stato siglato un accordo tra le due formazioni, e con l’avvicinarsi delle elezioni generali che si terranno questa domenica, la scena si è ripetuta più volte. «Avvicinandosi ai Democratici di Svezia, che hanno una visione della società completamente diversa, i Liberali hanno cambiato radicalmente rotta», spiega Li-Bennich-Björkman, docente all’Università di Uppsala. Storicamente, i Liberali reclutano tra insegnanti, accademici e dirigenti della pubblica amministrazione, con un discorso incentrato sulle libertà individuali. Nel programma dei SD, al contrario, figurano le consuete ossessioni dell’estrema destra europea: un drastico inasprimento delle condizioni di accoglienza dei richiedenti asilo, l’incitamento al rimpatrio dei rifugiati nei loro Paesi d’origine e un discorso repressivo nei confronti della criminalità. La formazione politica, nata nel 1988 nell’ambito del movimento neonazista e di estrema destra, da alcuni anni ha puntato sulla rispettabilità. Sotto la guida di Jimmie Akesson, il partito ha smussato i suoi aspetti più radicali per affermarsi nel panorama politico svedese.
Diga. Il suo avvicinamento ai Liberali affonda le radici nelle elezioni legislative del 2022. All’indomani delle elezioni, l’SD è diventato la seconda forza politica del Paese, davanti ai conservatori. L’SD ha quindi raggiunto un accordo con un governo di minoranza, composto di Moderati, Democratici Cristiani e Liberali. L’accordo detto «di Tidö» era semplice: la garanzia di politiche di destra in cambio del sostegno in Parlamento. All’interno della coalizione, l’accettabilità di questo compromesso dipendeva da una linea rossa: i Democratici di Svezia dovevano rimanere fuori dal governo. Quattro anni dopo, la diga ha ceduto. A marzo, Simona Mohamsson ha siglato con Jimmie Akesson un patto in quindici punti che apre la strada alla partecipazione dell’estrema destra al governo, in caso di vittoria e in cambio del sostegno dell’SD ad alcune priorità dei Liberali. Poche settimane dopo, il primo ministro dei Moderati, Ulf Kristersson, ha seguito l’esempio, invitando a sua volta l’SD a partecipare al prossimo governo, qualora fosse uscito vittorioso dalle elezioni di domenica.
Questo sviluppo alimenta le critiche di coloro che ritengono che i partiti di destra abbiano contribuito a banalizzare l’estrema destra. All’interno dei Liberali, si difende invece una strategia volta a responsabilizzare l’SD. «Quando li costringiamo ad assumersi responsabilità e a rendere conto agli elettori, in realtà si trovano in una posizione molto meno favorevole per conquistare voti», afferma a Libération il numero due del partito, Fredrik Brang.
Svolta. «Si tratta di una lotta intestina che dura da anni all’interno del partito», spiega Sten Widmalm, professore di scienze politiche all’Università di Uppsala. Una frangia piuttosto tradizionale desidera mantenere la rotta di una politica propriamente liberale. Un’altra, sostenuta in particolare dalla nuova dirigenza, spinge per un cambiamento strategico verso la destra dello scacchiere politico per rinnovarsi». È questa seconda linea, incarnata da Simona Mohamsson, ad aver avuto la meglio, provocando diverse defezioni di rilievo tra i capi del partito. Questa svolta strategica, per il momento, non ha fermato l’emorragia. Dall’inizio dell’anno, i Liberali oscillano intorno al 2,5% delle intenzioni di voto in diversi sondaggi, ben al di sotto del 4% necessario per entrare in Parlamento alle elezioni generali. « «Una parte del loro elettorato sta passando al Partito di Centro», spiega Li-Bennich-Björkman. «Il suo orientamento politico è leggermente più a sinistra, ed è riuscito a mantenere una linea rossa chiara, contro qualsiasi collaborazione con i Democratici di Svezia». E aggiunge: «In oltre un secolo, sarebbe la prima volta che i Liberali non sarebbero rappresentati in Parlamento».
N. LE. (da Stoccolma)
Davanti alle telecamere, la leader del Partito Liberale svedese (centro-destra), Simona Mohamsson, e Jimmie Akesson, leader del Partito dei Democratici di Svezia (SD, estrema destra), si abbracciano. Una scena del genere era ancora impensabile quattro anni fa. Ma da quando, a marzo, è stato siglato un accordo tra le due formazioni, e con l’avvicinarsi delle elezioni generali che si terranno questa domenica, la scena si è ripetuta più volte. «Avvicinandosi ai Democratici di Svezia, che hanno una visione della società completamente diversa, i Liberali hanno cambiato radicalmente rotta», spiega Li-Bennich-Björkman, docente all’Università di Uppsala. Storicamente, i Liberali reclutano tra insegnanti, accademici e dirigenti della pubblica amministrazione, con un discorso incentrato sulle libertà individuali. Nel programma dei SD, al contrario, figurano le consuete ossessioni dell’estrema destra europea: un drastico inasprimento delle condizioni di accoglienza dei richiedenti asilo, l’incitamento al rimpatrio dei rifugiati nei loro Paesi d’origine e un discorso repressivo nei confronti della criminalità. La formazione politica, nata nel 1988 nell’ambito del movimento neonazista e di estrema destra, da alcuni anni ha puntato sulla rispettabilità. Sotto la guida di Jimmie Akesson, il partito ha smussato i suoi aspetti più radicali per affermarsi nel panorama politico svedese.
Diga. Il suo avvicinamento ai Liberali affonda le radici nelle elezioni legislative del 2022. All’indomani delle elezioni, l’SD è diventato la seconda forza politica del Paese, davanti ai conservatori. L’SD ha quindi raggiunto un accordo con un governo di minoranza, composto di Moderati, Democratici Cristiani e Liberali. L’accordo detto «di Tidö» era semplice: la garanzia di politiche di destra in cambio del sostegno in Parlamento. All’interno della coalizione, l’accettabilità di questo compromesso dipendeva da una linea rossa: i Democratici di Svezia dovevano rimanere fuori dal governo. Quattro anni dopo, la diga ha ceduto. A marzo, Simona Mohamsson ha siglato con Jimmie Akesson un patto in quindici punti che apre la strada alla partecipazione dell’estrema destra al governo, in caso di vittoria e in cambio del sostegno dell’SD ad alcune priorità dei Liberali. Poche settimane dopo, il primo ministro dei Moderati, Ulf Kristersson, ha seguito l’esempio, invitando a sua volta l’SD a partecipare al prossimo governo, qualora fosse uscito vittorioso dalle elezioni di domenica.
Questo sviluppo alimenta le critiche di coloro che ritengono che i partiti di destra abbiano contribuito a banalizzare l’estrema destra. All’interno dei Liberali, si difende invece una strategia volta a responsabilizzare l’SD. «Quando li costringiamo ad assumersi responsabilità e a rendere conto agli elettori, in realtà si trovano in una posizione molto meno favorevole per conquistare voti», afferma a Libération il numero due del partito, Fredrik Brang.
Svolta. «Si tratta di una lotta intestina che dura da anni all’interno del partito», spiega Sten Widmalm, professore di scienze politiche all’Università di Uppsala. Una frangia piuttosto tradizionale desidera mantenere la rotta di una politica propriamente liberale. Un’altra, sostenuta in particolare dalla nuova dirigenza, spinge per un cambiamento strategico verso la destra dello scacchiere politico per rinnovarsi». È questa seconda linea, incarnata da Simona Mohamsson, ad aver avuto la meglio, provocando diverse defezioni di rilievo tra i capi del partito. Questa svolta strategica, per il momento, non ha fermato l’emorragia. Dall’inizio dell’anno, i Liberali oscillano intorno al 2,5% delle intenzioni di voto in diversi sondaggi, ben al di sotto del 4% necessario per entrare in Parlamento alle elezioni generali. « «Una parte del loro elettorato sta passando al Partito di Centro», spiega Li-Bennich-Björkman. «Il suo orientamento politico è leggermente più a sinistra, ed è riuscito a mantenere una linea rossa chiara, contro qualsiasi collaborazione con i Democratici di Svezia». E aggiunge: «In oltre un secolo, sarebbe la prima volta che i Liberali non sarebbero rappresentati in Parlamento».

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