Tout ça pour ça
Les Red Bull-Bora-Hansgrohe ont essayé de durcir la fin de course et Primoz Roglic, lui, a tenté d’attaquer, sans faire vaciller une seconde le Maillot Rouge, Enric Mas, à vingt-quatre heures de remporter la Vuelta.
«On voulait montrer qu’on était là en tant qu’équipe,
qu’on est tous vraiment,
vraiment derrière Primoz, (...)
et on a fait ce qu’on a pu»
- LUKE TUKWELL, LE COÉQUIPIER
AUSTRALIEN DE ROGLIC
«C’est mon premier grand Tour,
donc je ne sais pas comment ça devrait se passer,
mais je trouve que c’était un peu le chaos,
personne ne sait qui contrôle»
- JAKOB OMRZEL (BAHRAIN VICTORIOUS),
6e DU GÉNÉRAL
12 Sep 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL PIERRE MENJOT
PEINAS BLANCAS (ESP) – L’avant-dernier virage de cette Vuelta a été franchi sans freiner par Enric Mas. À la veille de l’étape de Grenade qui ne devrait pas chambouler le général demain, le Maillot Rouge est toujours solide leader (1’37’’ sur son dauphin, Primož Roglič), très fort en montagne, et il en faudrait énormément pour le faire exploser aujourd’hui, malgré les cinq ascensions et presque 5 000 mètres de dénivelé (4 850) jusqu’au Collado del Alguacil, sur les hauteurs de Grenade. Il en faudrait beaucoup plus qu’hier, en tout cas.
On a cru aux grandes manoeuvres, pourtant. Le peloton allait aborder la longue montée des Peñas Blancas (18,7 km à 6,5 %), dont le sommet, baigné de l’odeur sucrée des pains, offre une vue panoramique sur la Costa Blanca au-delà des arbres brûlés par les récents incendies, quand les Red Bull-BORA-hansgrohe du dauphin sont sortis de leur planque pour prendre les rênes du peloton. « Exactement ce qu’on voulait » , appréciait l’Australien Luke Tuckwell. « On voulait le contrôle au pied et on a exécuté le plan », abondait son directeur sportif, Sven Vanthourenhout. La suite dudit plan? On ne sait pas.
Les équipiers de Roglič ont roulé pendant près de 10 kilomètres sans lâcher personne, pas même le fantôme de Mikel Landa sur cette Vuelta, sans reprendre non plus de temps aux échappés qui se jouaient la victoire à l’avant, enlevée par Eddie Dunbar (Pinarello-Q36.5) devant Santiago Buitrago. « On voulait montrer qu’on était là en tant qu’équipe, qu’on est tous vraiment, vraiment derrière Primož, on était heureux de prendre les choses en main et on a fait ce qu’on a pu, positivait Tuckwell. Le message, c’est de s’engager totalement, de partir d’ici sans aucun regret, peu importe le résultat. »
C’est le coeur du problème. Red Bull, l’un des plus gros budgets du peloton, a fait ce qu’il a pu hier, avec un effectif trop léger pour un prétendant à la victoire. Des équipiers pour les journées accidentées (Moscon, Vermeersch), des jeunes promesses (Tuckwell, Thornley, Fisher-Black) mais pas un seul lieutenant digne de ce nom en montagne autour de Primoz Roglic malgré pléthore de coureurs sous contrat.
Alors au bout de vingt minutes, Raul Garcia Pierna a repris, seul, les choses en main. « Ils ont été un peu agressifs, mais il leur a manqué un petit peu de gaz », les félicitait le rouleur de Movistar.
« On a voulu accélérer un peu, mettre notre rythme, pour éviter les attaques », détaillait son leader, Enric Mas. « C’est mon premier grand Tour, donc je ne sais pas comment ça devrait se passer, mais je trouve que c’était un peu le chaos, personne ne sait qui contrôle », se marrait Jakob Omrzel, toujours épatant 6e du général, à 20 ans, habitué à regarder à la télé les trains UAE Emirates-XRG (pour Tadej Pogacar) ou Visma-Lease a bike (pour Jonas Vingegaard) essorer tout le monde.
Roglič, davantage pour la forme, attaqua à deux kilomètres du sommet. Mais le Maillot Rouge sauta dans sa roue, puis tout le top 7 du général, et les favoris finirent groupés.
« Mas est très fort, comme on l’a déjà dit, mais c’est à nous d’essayer quelque chose, haranguait Sven Vanthourenhout. Demain (aujourd’hui) est probablement l’étape la plus dure de toutes, et on a hâte. Nous sommes sur la bonne voie, on sait aussi que ce sera très dur de lâcher Mas, mais on y croit encore, et Primoz essaiera jusqu’au bout. »
Le Slovène, comme à son habitude, est reparti directement sans s’exprimer hier, sifflet à la bouche, pour redescendre vers les bus. Sans croiser d’équipiers qui n’avaient pas encore franchi la ligne.
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