Une seule idée en tête


Paul Seixas sera le leader indiscutable des Bleus le 27 septembre au Mondial de Montréal. 
Lors de sa première sélection, l’an dernier, à Kigali (Rwanda), il avait obtenu une belle 13e place.

L’équipe de France, dont Thomas Voeckler a dévoilé hier la sélection, ira à Montréal avec un leader unique, Paul Seixas, et un seul objectif, gagner le Championnat du monde.

«L’ambition, c’est la victoire, 
et je l’aurais même dit s’il y avait Pogačar, 
en y croyant un peu moins»
   - THOMAS VOECKLER, 
     SÉLECTIONNEUR DES BLEUS

12 Sep 2026 - L'Équipe
ALEXANDRE ROOS

Le voilà le parfum du Mondial de la plus grande course de l’année, qui commence à infuser en nous, à peupler nos journées de questionnements infinis, sur la dureté du circuit de Montréal, sur l’étendue des candidats possibles, surtout depuis que Tadej Pogačar a mis la flèche. L’orientation de l’équipe de France nous turlupinait bien moins, tant il était évident que tout graviterait autour de Paul Seixas.

Hier, à neuf jours de l’ouverture des Championnats du monde avec les contre-la-montre, où Seixas s’alignera d’ailleurs d’entrée en compagnie de Bruno Armirail, Thomas Voeckler a dévoilé l’attelage qui doit accompagner son leader sur la course en ligne et annoncé un objectif, le maillot arcen-ciel, ce qui ne nous étonnera pas non plus, puisque le sélectionneur n’a jamais habitué, au cours de son mandat, à la timidité ou aux fausses pudeurs au moment de déclarer ses intentions. « L’ambition, c’est la victoire, et je l’aurais même dit s’il y avait Pogačar, en y croyant un peu moins, explique le patron des Bleus. On n’est pas favoris, mais on a quand même un coureur qui n’est pas lambda, qui fait partie des mecs qui peuvent regarder n’importe quel autre coureur droit dans les yeux. On est dans une situation que l’équipe de France n’a pas connue depuis peut-être l’époque Jalabert, avec un leader aussi indiscutable, aussi évident, pas en interne mais une tête qui dépasse vraiment, encore davantage qu’avec Julian (Alaphilippe) à son apogée, dont je n’oublie pas les performances. »

Voeckler n’a ainsi pas eu de mal à écarter des « grands » noms comme Romain Grégoire, sur un circuit « pas fait pour lui », Kévin Vauquelin, en méforme après le Tour, ou Lenny Martinez, qui pourrait être convoqué pour un Championnat d’Europe dans la foulée (4 octobre), qui exigera des qualités similaires. « Il n’y a pas vraiment de plan B, il y a plusieurs plans de course mais concernant le leadership, il n’y en a qu’un » , tranche Voeckler, qui décrit sa sélection « comme une pyramide » , avec « une base solide » et « un sommet le plus haut possible » , fondée sur un principe immuable: « Avoir une confiance illimitée en chacun des mecs. »

Il n’a ainsi pas touché à son édifice au moment du forfait de Pogacar, même s’il reconnaît qu’en termes de course, l’absence du double champion du monde « change tout pour tout le monde » et que « la victoire s’ouvre maintenant à beaucoup plus de coureurs », sur un parcours qu’il juge « abordable » , mais dont le degré de difficulté dépendra de la manière dont seront menés les débats.

Avec une équipe entièrement dévouée à Seixas, on peut s’attendre à ce que les Français ne soient pas les derniers à mettre quelques tours de vis pour enflammer le circuit et éliminer certains prétendants. Voeckler avait dégagé son socle dès cet hiver, avec le duo Pavel Sivakov-Bruno Armirail prévenu de bonne heure.

Seixas pourra également s’appuyer sur deux équipiers de Decathlon-CMA CGM avec qui il a des automatismes, dans deux registres différents, le grimpeur Nicolas Prodhomme et le tout-terrain Jordan Labrosse. Voeckler va en revanche devoir retoucher à sa paire Louis Barré - Alex Baudin, qu’on pressentait pouvoir durcir la course pour Seixas ou l’accompagner loin dans le Mondial, car le premier est forfait, poignet fracturé après sa chute à l’entraînement à Québec jeudi. Un coup dur pour l’équipe de France, car Barré avait été très à l’aise l’an passé sur le circuit du GP de Montréal et était revenu fort cet été, ce qui va obliger le sélectionneur à lui trouver un remplaçant dans les prochaines heures.

Le chantier du renouvellement générationnel, entamé au Rwanda l’an passé, a également guidé Voeckler dans ses choix. L’équipe de France change donc de visage, avec Seixas propulsé leader dès sa deuxième sélection au Mondial, au moment où Julian Alaphilippe, qui a porté cette équipe depuis 2017 à Bergen, a annoncé sa retraite. Il se matérialise à d’autres niveaux. Sivakov est ainsi vu par Voeckler comme le nouveau Madouas, pas dans ses qualités physiques, mais dans le rôle de capitaine et de ciment du collectif. De même, Labrosse se met dans les chaussons de Julien Bernard, sherpa, régulateur du groupe dans les premières heures du Mondial.

Ce changement progressif dans les cadres est dicté en partie par l’organisation des Championnats du monde en France, à Sallanches, l’an prochain, une force qui a également influencé Voeckler dans la construction de son équipe, une feuille de route confiée par la fédération à l’Alsacien.

La sélection de Valentin Paret-Peintre, par exemple, sur un circuit qui ne lui correspond pas forcément mieux qu’à d’autres, s’inscrit ainsi aussi dans la perspective de bâtir pour la Haute-Savoie. « Ça me donne l’occasion d’avoir un regroupement et ça n’enlève rien à nos ambitions pour Montréal », dit Voeckler.

Les Bleus vivront en semi-autonomie à Montréal

Avec cet horizon, le boss des Bleus a décidé de rassembler les coureurs au Canada à partir de mardi et de les loger dans deux appartements, où ils vivront en semi-autonomie. Le staff fournira les courses, les massages, les nutritionnistes détermineront les menus et les besoins énergétiques, mais ce sera aux coureurs de s’occuper des repas, des lessives, de l’entretien. Pour souder un groupe autour de Seixas qui, pardelà Montréal et même Sallanches, doit ouvrir une nouvelle ère de l’équipe de France.

***

Les Bleues plus collectives sans « PFP »

Y. H.

Au moment de dévoiler sa sélection hier, Paul Brousse évoquait entre les lignes ce qu’il savait déjà : la fin de saison de Pauline Ferrand-Prévôt. Dans la foulée, son équipe Visma-Lease a bike confirmait l’information. La révélation de son absence au Canada dans L’Équipe, mardi, a fait grincer en interne et Brousse a pris la défense de sa coureuse :

« Contrairement à ce qu’on a pu lire, il n’y a pas un désintérêt de l’équipe de France de la part de Pauline, elle est toujours motivée et fière de porter le maillot. Avec son équipe, il avait été vu qu’il y ait trois temps forts dans sa saison : les Ardennaises, le Tour et possiblement les Championnats (d’Europe et du monde) en fin de saison. Après le Tour, avec son équipe, elle a décidé de ne pas repartir pour un cycle d’entraînement et de compétition. » Son équipe, pourtant, nous confiait le 2 septembre qu’aucune décision n’avait encore été prise.

En l’absence de « PFP », 16e l’an passé à Kigali, les Bleues aborderont la course en ligne (26 septembre) dans une configuration plus collective, avec Célia Géry en tête de gondole néanmoins, sur un parcours de 180,4 km. « Le plan, c’est de jouer nos cartes au bon moment, de créer des mouvements de course favorables, anticipe le sélectionneur. Il n’y aura pas de leader unique, on va jouer sur notre collectif. Face à nous, Demi Vollering fait une saison exceptionnelle, elle est vraiment focus sur les Championnats du monde. L’équipe néerlandaise aura le poids de la course, il faudra la faire déjouer avec l’aide d’équipes comme la Belgique et l’Italie. » 

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