UN COMBAT DE RUE
Derrière un épatant Brandon MCNulty, les favoris, notamment Paul Seixas (au centre)
et Isaac del Toro (à droite), se seront démenés en vein.
MAXI MCNULTY
Au terme d’une course d’une intensité folle où les favoris se sont déchaînés, Brandon McNulty a su surprendre tout le monde pour devenir le troisième champion du monde américain après Greg LeMond et Lance Armstrong.
Brandon McNulty a créé la surprise et remporté un Championnat du monde totalement dingue, une bagarre féroce de tous les instants dans laquelle les favoris Remco Evenepoel, Isaac del Toro et Paul Seixas se sont brûlé les ailes.
28 Sep 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL ALEXANDRE ROOS
MONTRÉAL (CAN) - Cela nous a usés, limé les nerfs rien que de les regarder se battre entre eux et avec eux-mêmes, au bout du bout de ce qu'ils avaient dans le réservoir, à explorer leurs frontières physiques comme mentales, à sonder les limites de leur persévérance, de leur ténacité. Cette course n'a ressemblé à rien sinon à un lâcher de chiens de rue sur un circuit où ils se distribueraient des pains sans jamais s'arrêter, tant qu'il n'y en aurait plus qu'un debout.
Et il fallait bien que ce soit loufoque et toqué jusqu'au bout pour que celui-ci soit l'inattendu Brandon McNulty, plus habitué à jouer l'équipier chez UAE qu'à briller pour lui-même, ce qui est tout de même l'ultime pied de nez de Tadej Pogačar, le grand absent de ce Championnat qui aura gagné cette fois par procuration. Et que dire de Michael Matthews, un revenant, dans sa carrière et dans cette course, qui était parvenu à se glisser dans la chasse avec les favoris et à ne plus en bouger, malgré la difficulté du parcours?
Evenepoel
sur courant alternatif
Il n'y avait que Mathieu van der Poel et sa troisième place qui apportèrent un brin de <<normalité» au milieu de ce fatras qui avait laissé tous les coureurs en ruines. Le Néerlandais a été un des principaux agents du chaos de ce Championnat du monde, et la sauvagerie de l'édition de Montréal a finalement pas mal rappelé celle de Glasgow où il avait gagné en 2023. Coursier ultime, taillé pour les circuits, sur route ou en cyclo-cross, guidé d'un sens tactique inné, Van der Poel a montré son museau hier au moment où cela comptait. Quand Wout Van Aert a allumé le premier pétard d'envergure à moins de 90km de l'arrivée, il s'est mis en action dans la seconde. Il appuiera lui-même dans le tour suivant, moins de quinze kilomètres plus loin, avec ce mélange de brutalité et de finesse qui le définit, pour maintenir le groupe de tête en vie, car il savait qu'il devait rester le plus longtemps à l'avant plutôt qu'attendre que les meilleurs grimpeurs le crucifient dans la côte Camillien-Houde dans les derniers tours. Van der Poel partit avec Quinn Simmons et Oscar Onley, avant que Primoz Roglic ne les rejoigne et ce quatuor allait survivre pendant près de 40km aux avant-postes.
Cette phase au cœur de la course allait noyer les collectifs les plus puissants, ceux de la Belgique et de la France. Van der Poel avait lui-même éliminé Van Aert quand il avait accéléré, une vieille habitude, et derrière, Remco Evenepoel semblait branché sur courant alternatif, en tout cas pas du tout impérial comme on l'avait imaginé. Les deux leaders belges flottaient entre différents groupes, au rupteur, et ne se trouvèrent jamais pour tenter de sauver la patrie, incapables de vraiment collaborer, ce qui avait été plus facile à pronostiquer. Evenepoel sauta et revint plusieurs fois, mais il n'eut jamais les cartes en main dans ce Championnat.
Les Français prirent eux aussi la marée dans ce moment clé de la course. Ils avaient été les premiers dynamiteurs du Mondial, ceux qui l'avaient placé sur un tempo fou et l'avaient transformé en western où cela flinguerait à tous les coins de rue. Dès l'entrée sur le circuit, à 167 km du terme, Bruno Armirail avait pris le manche et cela allait durer 60 bornes. Le rouleur menait un rythme d'enfer, l'effort lui tordait le visage, l'obligeait à prendre de grandes respirations, et derrière tout le monde souffrait. Une fois son service achevé, d'autres artificiers entrèrent en scène, Valentin Paret-Peintre, Jordan Jegat, Pavel Sivakov, Alex Baudin, mais quand les flahutes s'excitèrent, aucun Bleu ne fut en mesure de se glisser avec eux. Les hommes de Thomas Voeckler s'étaient en quelque sorte piégés eux-mêmes, victimes du train fou qu'ils avaient créé, car dans la poursuite féroce qui s'engagea derrière Van der Poel et ses acolytes, Seixas se retrouva isolé.
Pour être honnête, c'était le cas de presque tous les autres favoris, à l'exception des Américains, qui surnageaient, et ce surnombre a fait basculer le Mondial. À l'avant avec Van der Poel, Simmons avait soulagé ses équipiers de toute responsabilité dans la poursuite et quand ils furent repris, à 34km du but, Matteo Jorgenson et Brandon McNulty n'avaient donc pas donné un coup de pédale. Le premier plaça une accélération, puis la locomotive de l'Arizona profita du moment de flottement créé par le regroupement pour partir en facteur sur une partie plate, de transition. Derrière, Paul Seixas et Isaac del Toro n'arrivaient pas à s'entendre et les autres, Tom Pidcock, Giulio Ciccone, Matthews ne voulaient ou ne pouvaient pas collaborer. Au passage suivant sur la ligne, l'Américain avait un avantage de plus d'une minute.
Seixas cisaillé
par les crampes
Del Toro et Seixas ont longtemps paru les plus forts, mais le Mexicain, qui avait tant bossé, mastiqué un nombre infini de trous, s'est bizarrement éteint au moment où McNulty s'est enfui, sans que l'on sache s'il ne voulait pas rouler sur son équipier d'UAE ou si, comme les autres, il était juste cuit. Quant au Français, il a été très bon tactiquement, il manœuvrait très bien, à calquer sa course sur Del Toro, à le suivre partout, vigilant, sans jamais trop en faire, mais ses jambes l'ont lâché, cisaillées par les crampes et ce qu'il analysait à chaud comme une erreur dans son alimentation ou son hydratation.
Tous les coursiers les plus coriaces ont craqué dans ce final où ils n'avaient plus que leur volonté pour avancer, Ben Healy, Pidcock, Simmons, qui faisaient le yo-yo entre les groupes, où l'on a même vu ce yéti indestructible de Mads Pedersen sortir de nulle part. Mais personne ne fut capable de revoir le rouleur américain, qui gérait son effort entre les bosses et les parties plus roulantes, alors que derrière, Pidcock et Ciccone semblaient les moins décrépits, accéléraient quand ils le pouvaient dans les côtes. Mais ils donnaient l'impression de pédaler dans le vide, de ne plus avancer, quand ils ne se regardaient pas. Après le dernier passage dans Camillien-Houde, ils pouvaient apercevoir l'Américain, juste une dizaine de secondes devant eux, mais ils n'avaient plus assez de forces et ne parvinrent pas à s'entendre. Brandon McNulty ne serait jamais revu. Il alla remporter seul cette course de morts-vivants et le maillot arc-en-ciel, au terme d'un bonheur de Championnat du monde.'
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Une stratégie payante
Le triangle américain
Dotée du collectif le plus homogène, la sélection des États-Unis a parfaitement utilisé ses trois cartes pour remporter le quatrième titre mondial de son histoire.
1 - Simmons anticipe
Un premier coup menaçant avec Van der Poel et Van Aert se dessine à environ 90 km de la ligne. À 84 km, Quinn Simmons fait le saut de puce pour intégrer ce groupe. Il ne craquera sous aucune accélération de VDP, jusqu’au grand regroupement à 34 km de l’arrivée.
2 - McNulty attaque
Revenu sur la tête de course avec le groupe des favoris Del Toro et Seixas, Brandon McNulty profite d’un moment de flottement à 33 km pour attaquer sur le plat, dans une portion de transition.
3 - Jorgenson neutralise
Pendant son raid en solitaire, McNulty est protégé à distance par son ami Matteo Jorgenson, capable de neutraliser les contres de Pidcock, Schmid et Van der Poel. L’Américain s’est aussi illustré en cassant des relais. Descendue à une dizaine de secondes, l’avance de McNulty va remonter grâce à ces moments de temporisation.
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Alle spalle di uno straordinario Brandon McNulty, i favoriti, in particolare
Paul Seixas (al centro) e Isaac del Toro (a destra), hanno lottato invano.
MAXI MCNULTY
Al termine di una gara dall'intensità pazzesca in cui i favoriti hanno dato il massimo, Brandon McNulty è riuscito a sorprendere tutti, diventando così il terzo statunitense campione del mondo dopo Greg LeMond e Lance Armstrong.
UNA RISSA DI STRADA
Brandon McNulty ha creato la sorpresa e ha vinto un mondiale pazzesco, una lotta feroce in ogni momento in cui i favoriti Remco Evenepoel, Isaac del Toro e Paul Seixas si sono bruciati le ali.
28 settembre 2026 - L'Équipe
DEL NOSTRO INVIATO SPECIALE ALEXANDRE ROOS
MONTREAL (CAN) - Ci ha logorato, ci ha messo a dura prova i nervi il solo fatto di vederli lottare tra loro e con se stessi, spingendosi fino all’estremo di ciò che avevano in serbo, esplorando i propri confini fisici e mentali, sondando i limiti della loro perseveranza e tenacia. Questa gara non è stata altro che un branco di cani randagi scatenati su un circuito, dove si sarebbero scambiati colpi senza mai fermarsi, finché non ne fosse rimasto in piedi solo uno.
E doveva proprio essere una cosa stravagante e folle fino in fondo perché il protagonista fosse l’inaspettato Brandon McNulty, più abituato a fare da gregario alla UAE che a brillare di propria iniziativa: il che rappresenta comunque l’ultima beffa da parte di Tadej Pogačar, il grande assente di questo Campionato che stavolta ha vinto per procura. E che dire di Michael Matthews, un ritorno sia nella sua carriera che in questa gara, che era riuscito a infilarsi nel gruppo di inseguitori insieme con i favoriti e a non mollare più, nonostante la difficoltà del percorso?
Evenepoel
a luci e ombre
Solo Mathieu van der Poel e il suo terzo posto hanno portato un briciolo di «normalità» in mezzo a quel caos che aveva lasciato a pezzi tutti i corridori. Il neerlandese è stato uno dei principali artefici del caos di questi mondiali, e la ferocia dell’edizione di Montréal ha finito per ricordare parecchio quella di Glasgow, dove aveva vinto nel 2023. Corridore eccezionale, fatto apposta per i circuiti, su strada o nel ciclocross, guidato da un innato senso tattico, Van der Poel ha mostrato il suo carattere ieri proprio nel momento in cui (più) contava. Quando Wout Van Aert ha sferrato il primo attacco di rilievo a meno di 90 km dal traguardo, è entrato in azione immediatamente. È stato lui stesso a spingere nel giro successivo, a meno di quindici chilometri di distanza, con quel mix di grinta e finezza che lo contraddistingue, per mantenere in vita il gruppo di testa, poiché sapeva che doveva restare in testa il più a lungo possibile piuttosto che aspettare che gli scalatori più forti lo mandassero al tappeto sulla salita di Camillien-Houde negli ultimi giri. Van der Poel è partito con Quinn Simmons e Oscar Onley, prima che Primož Roglič li raggiungesse, e quel quartetto è rimasto in testa per quasi 40 km.
Quella fase cruciale della gara avrebbe messo in difficoltà le squadre più attrezzate, il Belgio e la Francia. van der Poel accelerando aveva eliminato lui stesso Van Aert, una sua vecchia abitudine, e dietro, Remco Evenepoel sembrava andare a singhiozzo, e per nulla imperioso come invece ci si era immaginato. I due capitani belgi oscillavano tra diversi gruppetti, in testa al plotone, e non si sono (quasi) mai ritrovati per tentare di salvare la patria, incapaci di collaborare davvero, il che era stato più facile da prevedere. Evenepoel è scattato e si è riagganciato più volte, ma non ha mai avuto le carte in mano.
Anche i francesi si sono lasciati trascinare da quell’onda in quel momento-chiave della gara. Erano stati i primi a dare il via alle danze, quelli che avevano imposto un ritmo pazzesco e l’avevano trasformato in un western in cui si sparava a ogni angolo di strada. Fin dall’ingresso sul circuito, a -167 km dal traguardo, Bruno Armirail aveva preso il comando e avrebbe mantenuto la posizione per 60 km. ha mantenuto un ritmo infernale, lo sforzo gli contorceva il volto, costringendolo a respiri profondi, e dietro di lui tutti soffrivano. Una volta terminato il suo turno, sono entrati in scena altri grossi nomi: Valentin Paret-Peintre, Jordan Jegat, Pavel Sivakov, Alex Baudin, ma quando il gruppo si è scatenato, nessun corridore della nazionale francese è riuscito a infilarsi. Gli uomini del Ct Thomas Voeckler si erano in un certo senso intrappolati da soli, vittime del treno impazzito che avevano creato, perché Seixas nell’inseguimento feroce che si è scatenato alle spalle dei propri compagni e di van der Poel, si ritrovò isolato.
A dire il vero, era così per quasi tutti gli altri favoriti, ad eccezione degli statunitensi, che sono riusciti a tenere il passo, e proprio questa loro superiorità numerica ha deciso il Mondiale. In testa con van der Poel, Simmons aveva sollevato i propri compagni di squadra da ogni responsabilità nell’inseguimento e quando sono stati raggiunti, a -34 km dal traguardo, Matteo Jorgenson e Brandon McNulty non avevano quindi dato nemmeno un colpo di pedale (là davanti). Il primo ha lanciato un'accelerazione, poi la “locomotiva” dell’Arizona ha approfittato del momento di esitazione creato dal ricongiungimento per partire in solitaria su un tratto pianeggiante. Dietro, Paul Seixas e Isaac del Toro non sono riusciti a trovarsi d’accordo e gli altri, Tom Pidcock, Giulio Ciccone e Matthews, non hanno voluto o non hanno potuto collaborare. Al passaggio successivo sul traguardo, lo statunitense aveva un vantaggio di oltre un minuto.
Seixas messo fuori gioco
dai crampi
Del Toro e Seixas sono sembrati a lungo i più forti, ma il messicano, che aveva lavorato così tanto, colmando un numero infinito di buchi, si è stranamente spento proprio nel momento in cui McNulty è scappato, senza che si capisse se non volesse assecondare il suo compagno di squadra della UAE o se, come gli altri, fosse semplicemente esausto. Quanto al francese, è stato molto bravo dal punto di vista tattico, ha manovrato molto bene, modellando la sua corsa su quella di del Toro, seguendolo ovunque, vigile, senza mai esagerare, ma le gambe lo hanno tradito, stroncate dai crampi e da ciò che lui stesso ha analizzato a caldo come un errore nell'alimentarsi o nell'idratarsi.
Tutti i corridori più tenaci hanno ceduto in quel finale in cui non avevano altro che la loro volontà per andare avanti: Ben Healy, Pidcock, Simmons, che facevano la spola tra i gruppetti, dove si è visto persino quell’indistruttibile “yeti” di Mads Pedersen spuntare dal nulla. Ma nessuno è riuscito a raggiungere il corridore statunitense, che gestiva il proprio sforzo tra i dossi e i tratti più scorrevoli, mentre Pidcock e Ciccone dietro sembravano i meno provati e acceleravano, quando potevano, in salita. Tuttavia, davano l’impressione di pedalare nel vuoto, di non avanzare più, quando non si guardavano l’un l’altro. Dopo l’ultimo passaggio sulla Camillien-Houde, pur scorgendo lo statunitense, a soli dieci secondi davanti a loro, non avevano più abbastanza forze e non sono riusciti a mettersi d’accordo. Brandon McNulty non si sarebbe più visto. Ha vinto da solo questa corsa dei morti viventi e la maglia arcobaleno, al termine di un mondiale da sogno.
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Una strategia vincente
Il triangolo americano
Dotata della squadra più omogenea, la nazionale degli Stati Uniti ha sfruttato alla perfezione le sue tre carte per conquistare il quarto titolo mondiale della propria storia.
1 - Simmons anticipa
A circa -90 km dal traguardo si profila una prima mossa pericolosa con van der Poel e Van Aert. A -84 km, Quinn Simmons fa un balzo per inserirsi in quel gruppo. Non cederà ad alcuna accelerazione di vdP, fino al grande raggruppamento ai -34 km dall’arrivo.
2 - McNulty attacca
Tornato in testa con il gruppo dei favoriti comprendente del Toro e Seixas, Brandon McNulty approfitta di un momento di esitazione ai -33 km dall’arrivo per attaccare in un tratto di pianura.
3 - Jorgenson neutralizza
Durante la sua fuga in solitaria, McNulty è protetto a distanza dal suo amico Matteo Jorgenson, capace di neutralizzare i contrattacchi di Pidcock, Schmid e van der Poel. Lo statunitense si è distinto anche nel rompere i cambi. Ridotto a una decina di secondi, il vantaggio di McNulty è risalito grazie a quei momenti di rallentamento.

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