À l’assaut d’un mythe


Les 21 virages de l’Alpe d’Huez, défi de la 19e étape du Tour aujourd’hui, constituent une légende pour les coureurs qui, novices ou pas, ont hâte de humer l’endroit et son public.

"Comme le Tourmalet, ces lieux sont tout 
en haut dans l’histoire du Tour"
   - IMANOL ERVITI, DIRECTEUR 
     SPORTIF DE NETCOMPANY-INEOS

24 Jul 2026 - L'Équipe
PIERRE MENJOT

ORCIÈRES MERLETTE (HAUTES-ALPES) – Parce qu’il n’a encore jamais eu l’occasion d’y poser ses roues, Abel Balderstone demande à ses équipiers de Caja Rural, à ses amis, à quoi ressemble l’Alpe d’Huez. « Et apparemment, c’est une folie avec le public qui s’y trouve, un mythe, avec ses 21 virages, récite l’Espagnol. Pour le moment, j’ai très envie d’y aller, mais on verra sur le moment. » Le moment est venu, aujourd’hui, et une fois la fatigue des trois semaines mise de côté, tout le monde semble très heureux d’y venir ou revenir.

En 2018, c’était probablement ma journée la plus difficile sur le vélo, rembobine Luke Durbridge (Jayco-AlUla), 153e et dernier classé ce jour-là, alors qu’il y avait eu deux hors-délai. J’étais malade pendant l’étape, vraiment, vraiment pas bien, et ce qui m’a sauvé, c’est le public. Probablement la foule la plus importante que l’on peut trouver dans un col .» Guillaume Martin-Guyonnet (Groupama-FDJ United), 18e ce même jour, évoque lui « un grand tunnel qui dure 13 kilomètres, un brouhaha en continu. C’est le bruit qui rend ça spécial, plus qu’ailleurs. J’ai vraiment l’impression d’être dans un stade. C’était en début de carrière (il avait alors 25 ans) et j’avais le sentiment d’être porté. Finalement, la montée passe assez vite. »

À tel point que les coureurs.ne prennent pas le temps de faire un décompte de toutes ces courbes, « même si ça peut être une bonne stratégie » , rigole Balderstone. Chacune possède sa signalisation, « mais avec le monde qui laisse un tout petit passage aux coureurs, tu n’as pas trop le temps de comprendre où tu es dans la bosse, qui est avec toi ou n’est plus là » , prévient le Basque Ion Izagirre (Cofidis), grand fan de l’endroit depuis qu’il a vu à la télé Iban Mayo s’y imposer sous le maillot orange d’Euskaltel en 2003. « Comme le Tourmalet, ces lieux sont tout en haut dans l’histoire du Tour, mime Imanol Erviti, aujourd’hui directeur sportif de Netcompany-Ineos. Ça me procurait toujours une émotion spéciale, la chair de poule, tu pédalais même avec les oreilles ( sic) et ça le rend finalement plus facile que d’autres cols avec ce grand cirque qui te booste » , confirme l’ancien coureur de Movistar.

Se laisser porter, d’accord, mais il y a des astuces quand même, liées aux fameux virages. « Le problème, c’est que ça te casse le rythme, explique Durbridge. Une fois lancé, on a envie de garder la cadence de pédalage mais avec ces lacets et la foule, on alterne sans cesse entre “on” et “off”. Et si on est placé un peu loin dans un groupe, ça fait un effet yo-yo qui finit de vous épuiser. Donc c’est le genre d’ascension où vous essayez de vous mettre devant, même dans le gruppetto, si vous voulez une journée plus facile. » Vu l’état des troupes au bout de trois semaines de course, rien ne sera simple, mais Baptiste Veistroffer (Intermarché-Lotto), lui aussi en découverte, s’attend à « un truc de zinzin » qui le fait rêver. Avant « une étape qui fait peur », demain, à nouveau vers l’Alpe d’Huez mais sans les virages, cette fois.

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