Attaquant-né


Mal récompensé depuis le début du Tour, mais encore offensif hier, Richard Carapaz est un obstiné. Son caractère lui a offert un palmarès moelleux et le pousse toujours à oser.

“Je crois que je n’ai plus grand chose 
à perdre dans le cyclisme"
   - RICHARD CARAPAZ

"Richard n’est pas un robot, 
c’est quelqu’un qui court avec son coeur"
   - CHARLES WEGELIUS, DIRECTEUR SPORTIF 
     D’EF EDUCATION-EASY POST

24 Jul 2026 - L'Équipe
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
PIERRE MENJOT

ORCIÈRES MERLETTE (HAUTES-ALPES) – Richard Carapaz a parlé « d’une journée brillante » , hier, et c’est lui qui l’a illuminée le plus fort. « C’était du Richie tout craché, de la pure grinta », pétillait Michael Valgren, dont le premier mot à l’assistant d’EF Education-Easy Post, en franchissant la ligne, fut : « Incroyable. »

Non pas que le Danois avait du mal à se persuader du succès de son équipier équatorien, il parlait plutôt de la manière, de cette étape cochée par les maillots roses de la formation américaine et que le leader a enfin gagnée, en solitaire, parti à quatre kilomètres de l’arrivée à Orcières Merlette. Sa deuxième attaque dans le col. Une énième sur ce Tour.

« C’est mon style de courir comme ça : quand j’ai les jambes, je ne garde rien, je donne tout », assura-t-il, hier. « Il a toujours été agressif, valide Imanol Erviti, son ancien équipier chez Movistar, où Carapaz débarqua pour découvrir l’Europe en 2016. Ça fait partie de son naturel, un cyclisme spectaculaire. Avec une grande arme, cet énorme changement de rythme, pas seulement sur quelques mètres mais sur une longue distance. » Ces qualités lui avaient permis de remporter le Giro en 2019, lui qui n’était même pas le leader du collectif espagnol mais avait forcé le passage face à son équipier Mikel Landa (4e ).

Puis « Richie » s’était un peu éteint une fois chez Ineos (2020-2022), pas vraiment adepte du cyclisme champagne à l’époque, et l’Équatorien avait passé son Tour 2021 collé aux roues, sangsue impossible à lâcher, jamais à l’attaque, pour décrocher un podium à Paris (3e). « Je jouais un rôle différent, concède-t-il, et il y avait en jeu bien davantage de choses. Ce ne sont pas les mêmes circonstances, pas les mêmes années non plus. »

Rien à voir, en effet, avec son dernier Giro, en 2025. Deuxième du général avant la dernière étape de montagne dans le Finestre, le leader d’EF Education-EasyPost avait fait «all in» face à Isaac del Toro (leader) et Simon Yates (3e) : soit il parvenait à partir seul et gagnait le Giro ; soit Yates filait et il laissait le Mexicain faire le travail, quitte donc à redescendre d’une marche sur le podium. Ce qui se passa, provoquant quelques critiques de l’autre côté de l’Atlantique sur un manque de solidarité latino-américaine avec del Toro (UAE). « Ce caractère m’a permis de gagner tout ce que j’ai gagné, et je crois que je n’ai plus grand-chose à perdre dans le cyclisme, confiait Carapaz la semaine dernière. Tout ce qui va venir ne sera que du plus dans ma carrière et sera bienvenu. »

À 33 ans, il n’a plus rien à prouver. Seul Équatorien à remporter un grand Tour, champion olympique de la course en ligne en 2021 à Tokyo (le deuxième titre de l’histoire de son pays), vainqueur d’étape sur les trois Tours, 25 succès au compteur (au moins un par saison depuis 2018)… « Il est une inspiration pour tous, tous les jeunes, surtout dans le nord du pays d’où nous venons tous les deux », assure son compatriote Jefferson Cepeda (Movistar). Idole largement soutenue quand, non sélectionné pour les Jeux de Paris, il avait mis en cause la neutralité du président de sa Fédération qui lui préféra Jhonatan Narvaez, statistiques à l’appui.

Le natif d’El Carmelo, à proximité de la frontière colombienne, ne craint pas les gens de pouvoir et c’est ainsi qu’il fut l’un des rares à attaquer les UAE de Tadej Pogačar sur ce Tour, essayant de filer dans le col de Pertus, il y a dix jours, en partant depuis le groupe des favoris. Le Maillot Jaune l’avait repris en une bouchée, Carapaz refusa d’y voir des représailles après la mise en échec de del Toro, un an plus tôt – « Je n’y ai jamais pensé, je ne me l’imagine pas, j’ai joué ma carte mais ils avaient coché l’étape » –, et assuma. « Je n’ai pas peur. Je respecte tout le monde évidemment, mais peur, non. J’ai les jambes, j’ai confiance en moi, je vais devant et j’appuie autant que je peux. C’est un peu l’esprit de Richard Carapaz. »

Pas un romantique pour autant, plutôt un acharné. Tom Southam, l’un de ses directeurs sportifs, le présente « déterminé. Dans sa tête, il est dur. Il est ici pour faire du meilleur possible dans ce sport et ça lui demande de la concentration. Il est dur dans sa tête et dans ses jambes. » « Sa détermination est immense, il fait partie des rares coureurs capables de faire ce qu’il fait » , poursuit Imanol Erviti.

La saison 2026 avait été difficile jusqu’ici pour Richie. La perte de sa mère en début d’année, des blessures ensuite. Sa préparation pour le Tour ne pouvait pas être optimale mais le staff a tenu à le sélectionner pour jouer la gagne, « car il fait partie de ces rares athlètes qui peuvent vous surprendre, justifie Charles Wegelius, son au tre directeur sportif. Richard n’est pas un robot, c’est quelqu’un qui court avec son coeur. Quand il sent le soutien de son équipe, quand il fait partie d’un groupe qui fonctionne comme celui-là, il peut vraiment donner sa meilleure version. La première chose qu’il a faite en franchissant la ligne fut de remercier ses coéquipiers à la radio. Cela en dit beaucoup. »

En franchissant la ligne, tous se sont congratulés, comme s’ils fêtaient leur propre victoire. « Il n’abandonne jamais », s’émerveillait Valgren. « C’est une machine », abondait Alex Baudin, son binôme en chambre qui décrit « un bon gars, très, très gentil, très calme ». Pas le plus bavard, mais le champion olympique a choisi une autre façon de s’exprimer.

« Je ne suis pas stressé et ce sont mes jambes qui parlent, ça me caractérise, disait-il lors du Giro, l’an passé. L’expérience d’avoir fait les choses plusieurs fois te permet de connaître les moments qui sont clés, tu développes un instinct. Lire la course et entrer dans le moment crucial. » Hier était « le genre de journée où il fallait avoir les jambes et la tête pour réussir » , pensait-il après sa victoire. Une journée pour l\ui.

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